Pseudo fille et ses premiers amours

Dans la foulée des récentes fugues, de la traite de personnes qui sévit ici-même au Québec et parce que, la vie m’a confié une petite fille, j’ai eu envie de partager ce texte. Il a originalement été publié sur mon compte Facebook le 26 mai 2014.

alice et moi

Hier, j’arrive à l’épicerie, mets Xavier dans le panier et ensemble on part en mission pour trouver des pains hamburgers le plus rapidement possible. Maximum 2 secondes et quart plus tard, on croise deux jeunes filles. Je dirais maximum 18 ans, mais elles étaient sûrement un peu plus jeunes. Shorts bin courtes, “chandails” qui ont des allures de soutien-gorge sport mais en plus cutes, bronzage parfait, lunettes soleil stylées. Mon réflexe a été de remercier le ciel d’avoir deux garçons!

Ok, quand on commence à juger les jeunes, c’est qu’on s’en vient vieux. 😉 C’est peut-être pas une bonne nouvelle, mais c’est pas une surprise non plus… surtout depuis que j’ai réalisé la semaine passée que moi, j’aurai 31 ans cette année (33 maintenant) et que mon père avait environ cet âge quand j’ai commencé l’école. Bref, je reviens aux deux jeunes filles en question. Je ne les juge pas elles personnellement, parce qu’elles sont sans doute seulement le reflet de leur époque. Je ne peux pas dire non plus qu’elles étaient impolies ou qu’elles parlaient trop fort. Elles étaient juste un peu trop légèrement vêtues pour une épicerie. Sur une plage, ça aurait très bien passé, mais à l’épicerie, elles attiraient les regards… toutes sortes de regards!

Au fil des rangées et tout en expliquant à Xavier qu’on ne met pas des oignons dans sa bouche, je réfléchissais à ce que je dirais si l’une de ces filles était la mienne. Puis, j’ai réalisé qu’elles ne sont pas plus dévergondées que je l’étais moi-même à leur âge. Leur goût vestimentaire n’est pas moins bon que ne l’était le mien. Leurs attentes de jeunes femmes ne sont pas nécessairement bien différentes qu’étaient les miennes. Non, ce qui leur manque, c’est un peu de respect. Du respect envers elles-mêmes pour commencer, mais aussi du respect de la part des jeunes hommes qu’elles côtoient.

Voici ce que j’essaierai de dire à chacun de mes enfants, mais principalement à ma pseudo fille!

“Mon amour, tu grandis. Tu deviens une femme. Jolie. Mais ce que j’aime le plus de toi ma belle fille, c’est ce qu’il y a en-dedans. Tu vivras bientôt tes premiers amours. Peut-être même tu es déjà en train d’en vivre. Je suis heureuse que tu sois rendue à cette étape. C’est une belle période tu sais. Tu découvriras plein de choses dans les prochaines années, autant sur toi que sur les gens qui t’entourent. Tu connaîtras des joies immenses et certaines peines aussi. J’ai confiance que tu sauras faire les bons choix pour toi, mais j’aimerais que tu me promettes que tu n’oublieras jamais qui tu es en chemin.

Tu sais, j’ai eu la chance de vivre un premier amour fabuleux. Non, ce n’était pas ton père. Et même si ton père n’a certainement rien à envier à qui que ce soit, je suis contente d’avoir vécu cette relation avec cette personne. On s’aimait beaucoup. L’amour, c’est très intense parfois. J’étais jeune, sans doute même un peu trop pour vivre quelque chose d’aussi grandiose. Mais ce qui a été le plus fabuleux de cet amour, c’est qu’on se respectait tous les deux énormément. Ça, ma fille, c’est très important. Comme ton père quelques années plus tard, mon premier amoureux me trouvait toujours belle, même quand moi je me trouvais moche. Lui aussi, il était beau. On voulait toujours être ensemble. On s’obstinait beaucoup, mais souvent pour se taquiner. Au début, on ne se voyait pas toujours les fins de semaine. J’avais tellement hâte au lundi matin pour le retrouver à l’école! On faisait des choses simples, mais on était bien.

C’était une bonne personne. Il ne cachait pas sa bonté devant ses amis. Il ne faisait jamais semblant d’être quelqu’un d’autre. Il était une bonne personne tout le temps, tout comme moi je l’étais. Et c’est ça le plus important. Le jour où tu décideras de partager ton intimité avec quelqu’un, choisis-le bien. Il ne sera pas parfait, c’est correct. Votre relation ne sera pas parfaite non plus, c’est correct. Il ne sera peut-être pas l’homme de ta vie ou le père de tes enfants, c’est correct aussi. Tu feras des erreurs, il en fera lui aussi et c’est correct. Mais tant que tu seras avec une bonne personne, une personne qui te trouvera toujours belle, une personne qui te respectera dans n’importe quelle situation, qui t’aimera vraiment pour ce que tu es, alors jamais tu ne pourras regretter ton choix. Jamais, en sa présence, tu ne te sentiras obligée de devenir quelqu’un d’autre, jamais il ne te demandera d’être parfaite, jamais il aimera plus ton corps que ton cœur et jamais il ne te demandera de faire des choses que tu ne voudras pas faire.

Et tu sais mon cœur, même si ton premier amour n’est pas parfait, même s’il se termine avec une grande peine, il se doit d’être fabuleux. Dans mon cas, je crois simplement qu’autre chose nous attendait. Je ne connais pas grand-chose de l’homme qu’il est devenu. Mais je sais qu’il sera toujours une bonne personne. Je sais aussi que c’est grâce à lui, à mon premier amour, qui m’a montré le respect et l’estime de soi, que j’ai pu, plus tard, connaître le vrai grand amour avec ton père.

Ça peut sembler compliqué tout ça, je sais. Mais au fond, c’est bien simple. Tes choix ne seront jamais des erreurs, tant que toi, ici dans ton cœur, tu te sens bien. Mais peu importe, je t’aime et je serai toujours là pour toi.”

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Véro

Femme dans la jeune trentaine, je suis aussi une heureuse épouse et mère de deux garçons. Riche d'une décennie en communication et marketing et de mon histoire aussi simple que rocambolesque, je partage avec vous mes humeurs du moment.