La trentaine, la bédaine… je l’aime!

Dans ma tête et mon coeur, j’ai maximum 22 ans. Il m’arrive de me réveiller le matin et de paniquer une ou deux secondes en réalisant qu’il y a des voix d’enfants dans ma maison. Ah oui, c’est vrai! J’ai… trois enfants!

Ce n’est en rien un regret par rapport à ma vie. Juste que mon esprit refuse de croire que je suis rendue là. D’ailleurs, ces temps-ci, j’écoute Gossip Girl en cachette en pensant réellement qu’un jour, quand je serai grande, je ressemblerai à Serena! Je sais, je sais, il n’y a pas plus insipide comme télésérie. Et je suis 10 ans en retard…(comme quoi je suis vraiment une mère après tout!)!!! En plus, je me surprends à avoir trop de compassion pour la mère de Serena. Tu sais clairement que t’es plus si jeune quand tu éprouves de l’empathie pour les parents des personnages principaux! Et bin oui! Ça y’est, je suis passée de l’autre côté. J’appartiens maintenant à la catégorie “sont trop vieux pour comprendre”. Shit.

Comme l’autre soir, avec ma soeur. Elle a eu la gentillesse de s’occuper des enfants pendant que la garderie était fermée pour les vacances. Elle a dormi ici. C’était bien de se retrouver une soirée (ça m’a un peu rappelé le temps où je squattais son lit double pour chuchoter jusqu’aux petites heures). Entre deux discussions sur la vie, Sophie Nélisse apparaît dans le téléviseur au show de Pénélope McQuade. Dans ma tête, Sophie Nélisse et moi on a le même âge. C’est ma buddy. Je la trouve cool. Je l’écoute parler. Vlan! Une claque en pleine poire! On n’a pas du tout le même âge! Elle parle du fait qu’elle et son chum pleurent à l’idée qu’ils doivent se séparer quelques semaines pour un tournage de Sophie. Belle dans son innocence de la jeune femme qui découvre l’amour, elle raconte à quel point ils s’ennuient l’un de l’autre quand ça fait une heure qu’ils ne se sont pas vus!! Je trouve ça cute pour mourir… comme une mère qui regarde sa fille s’éprandre d’un bon et gentil garçon! Autant je suis attendrie par l’image de cette jeune femme qui s’épanouit, autant je souris à l’idée qu’il lui reste encore tant à découvrir. Cette bienveillance n’est pas gratuite.

Et la réalité me frappe. Je suis dans la trentaine. J’ai quelques cernes. Une bédaine, molle de surcroît. Et si je trouve ça plaisant d’avoir encore le coeur jeune, de m’émerveiller devant ces ados qui découvrent, d’être aussi enfant que mes enfants à l’occasion, ma vie n’en demeure pas moins riche de toutes ces expériences acquises au fil du temps. Surtout, du fait que j’assume qui je suis bien plus qu’avant.

Je n’ai jamais aimé La Ronde. Je n’aime pas avoir peur et j’ai le vertige bien vertigineux. Quand j’étais plus jeune, je faisais semblant d’y trouver mon compte. En réalité, le seul manège que j’appréciais réellement était la pitoune (feu est son âme)! Ça, et les autos tamponneuses. Mais fallait surtout pas que mes amis le sachent. Sinon j’aurais eu l’air trop bébé, ou pas assez cool. Franchement, j’en ai plus rien à cirer maintenant! Moi, payer des centaines de dollars (on est cinq) pour attendre des heures afin d’avoir les mains moites et mal au coeur, non merci! En plus, faut manger des hot-dogs pis des frites par-dessus le mal de coeur parce qu’on n’a pas le droit de s’apporter un lunch. Ark.

J’ai beaucoup plus de plaisir aux quilles. Ou au musée du train. Je réalise à quel point je sonne matante. J’ai envie de dire: “Ouin, pis!” comme mon ado de six ans qui s’étale sur le divan pour jouer à la Wii. Parce que c’est ça, la trentaine. C’est le coeur qui veut encore, c’est la tête qui connait, un peu et, surtout, c’est la force de s’assumer tel qu’on est.

Je suis plus en forme maintenant que je ne l’étais à 20 ans. Ma maison est souvent sale, mes vêtements pas pliés et le fer plat est réservé aux occasions. Mais ici, chez-moi, il fait bon. Il y a plus d’amour que de pieds carrés. Un amour fatiguant parfois, avec ses hauts et ses bas, ma ronde à moi finalement… et je dois vous dire que j’aime bien la ride cette fois! Parce qu’elle est vraie, sincère. Parce que j’ai peut-être la trentaine et la p’tite bédaine, mais je m’aime. Pas tout le temps. Mais bien plus souvent qu’avant.

J’ai réalisé nombre de rêves, je me suis construite et rénovée et le referai encore. Je sais ce que je veux et encore plus ce que je ne veux pas. Je suis forte. Solide. Fière. Je joue aux quilles comme s’il n’y avait pas de lendemain et je crie à tue-tête en dépassant mon mari à vélo. Je m’extasie devant une forêt ou la clarté d’une rivière. Je laisse mon coeur battre au rythme du galop de mon cheval. J’emplis mes poumons de l’odeur des cheveux de mes enfants. J’enregistre chaque trait de leur doux visage dans ma tête. Je chéris la main rugueuse de Monsieur mon Mari qui s’insère dans la mienne. Chaque moment est un cadeau, ou une leçon. Je souris à la vie et elle me le rend bien.

J’ai le corps de mon âge, le coeur de mes 20 ans et juste assez de sagesse dans mon baluchon.

La trentaine, la bédaine, pas si shit que ça finalement. Regardez-moi bien dans les autos tamponneuses! M’en va vous rider ça! 😉

 

Perdre l’envie d’être mère

Il y a quelques semaines, nos regards se sont croisés, puis nos yeux se sont accrochés les uns aux autres. Quelques secondes de silence intenses durant lesquelles j’ai compris. Je t’ai souris et du haut de ta vieille âme de 17 mois, tu m’as donné un bisou sur la bouche. Durant cet instant de communion, de ce profond amour, j’ai réalisé en une seconde que je t’en avais voulu, inconsciemment. Et aussi que je venais de tout te pardonner.

Ma coquinette, j’ai trouvé ça vraiment difficile, les presque 16 mois où t’as pas vraiment dormi la nuit. C’était pas ta faute. C’est moi qui étais déjà fatiguée. C’est moi qui ai manqué de patience et aussi d’un peu de douceur par moments. Merci de me les avoir redonnées avec tous tes câlins.

Mon petit bébé frisette, je t’ai donné des milliers de baisers depuis ta naissance, mais j’ai pas été capable de vraiment accepter ce que je mettais de côté avec ta venue. Je le savais pas, mais je suis un peu égoïste des fois. Merci pour cette leçon.

Ma poulette coquette, je me suis sentie bousculée par toi. T’étais parfaite. T’étais la petite fille que je voyais dans mes rêves depuis des années. Je l’ai su dès la première seconde où je t’ai prise dans mes bras. Mais moi, j’étais pas tout à fait prête. Je voulais un peu plus de temps pour la femme alors que toi, tu avais besoin de ta mère. C’est fou à quel point le rôle de maman fait ressortir le meilleur comme le pire en nous! Merci d’avoir mis de la lumière sur les parties plus sombres.

Ma belle Alice, je ne suis pas parfaite. J’ai des coins un peu écorchés. J’avais perdu l’envie d’être mère il y a quelques mois. J’espère que tu ne m’en voudras pas. J’ai pensé que c’est en prenant plus de temps pour moi que ça reviendrait. J’ai essayé de retrouver le même rythme qu’avant toi. Ça ne fonctionnait pas. Je me sentais vide. En fait, j’avais rien compris!

Mon envie d’être mère, je l’ai retrouvée pour de vrai dans le creux de tes yeux. Après des semaines et des mois avec plus de temps pour vous trois. Après des milliers d’instants à vous regarder jouer et rire. Après des centaines de « maman », des dizaines de bisous et de câlins par jour. Après les histoires que je vous ai racontées. Après tous ces jeux où vous m’avez un peu malmenée. Après vous avoir tous les trois serrés dans mes bras plus fort. Après avoir eu un peu peur, aussi. Après les disputes, bien sûr. Lentement, j’ai enfin vu clair.

Quand tu es née, une troisième petite fleur a poussé dans mon coeur. Il n’y a que toi et moi pour l’arroser. Et oui, je sais à quel point tu aimes jouer dans l’eau! Tu sais, c’est pareil pour tes frères. Quand je sens que ces trois merveilleuses relations d’amour ne sont pas assez nourries, je me perds. Ma cocotte, c’était toi le chemin. C’était vous. Comme quoi, c’est souvent les mamans qui apprennent de leurs enfants.

Je t’aime tant, ma belle amour! Je vous aime tant, tous les trois!

 

P.S. Oui, c’est vrai que tu es forte comme maman. Et oui, tu es aussi un peu braillarde, comme moi en ce moment!  

C’était le 4 mai 2007

  • Au Québec, le salaire minimum vient d’être augmenté à 8 $ l’heure.
  • André Boisclair est chef du Parti québécois.
  • Facebook et Twitter sont connus depuis peu. Instagram, Pinterest et Snapchat n’existent pas!
  • Le premier iPhone a été présenté quelques mois plus tôt.
  • Les séries éliminatoires sont en cours et seront remportées par les Ducks d’Anaheim.
  • La chanson «Give it to me» de Timbaland avec Nelly Furtado et Justin Timberlake est au top du célèbre Billboard.

Toi, tu portais tes souliers Nike blanc avec le logo bleu, des jeans, et ton polo rayé vert et blanc. J’avais un polo rouge vermillon, un jean semi-évasé et les cheveux frisés. J’étais prête depuis longtemps quand j’ai vu l’auto au coin de la rue. Je suis retournée à la salle de bain en vitesse pour faire semblant d’être occupée… Dans ce temps-là, je faisais mon indépendante.

Les sièges en cuir de ta voiture m’ont vraiment impressionnée. Une seconde, je me suis demandée si on venait de la même classe sociale. Comme si c’était important. J’ai sû quelques jours plus tard que c’était en fait l’auto de ta mère… Dans ce temps-là, tu jouais bien tes cartes.

C’était le 4 mai 2007. Tous deux dans la jeune vingtaine, naïfs, remplis de rêves et d’espoir et avec un coeur gros comme la Terre. On ne s’est jamais quitté.

Une maison, un mariage et trois enfants plus tard, c’est encore à tes côtés que je m’endors. Avec ton bras autour de ma taille et ton poil qui me chatouille! Avec mes pieds gelés qui glissent entre tes jambes pour se réchauffer. Chaque fois, ton « Shit, t’as bin les pieds frettes! » me fait sourire… surtout parce que tu les endures quand même.

Dix ans après ce souper à l’Académie, tu es le café de mes samedis matin. Tu es la coupe de vin de plus après une dure semaine avec les enfants. Tu es le rire qui fait mal aux joues quand tu te mets à danser. Tu es le regard embrasé quand on a trop bu. Tu es la main qui s’insère dans la mienne quand on écoute un film triste. Tu es le petit plus de mon quotidien, le 10 $ oublié dans une poche de manteau. Tu es le mouchoir qui essuie les larmes de fatigue des nuits trop courtes.

Une décennie après le sundae du Dairy Queen, je pourrais aller encore plus loin et dire que tu es le soleil des jours de pluie. Mais la réalité, c’est que tu m’énerves aussi! Tu es l’exaspération dans ces instants d’impatience. Tu es la goutte qui fait déborder le vase au moins une journée par mois! Tu es le bruit qui m’empêche d’écouter la télé quand les enfants sont couchés. Tu es cet oreiller qui prend trop de place dans le lit et les mains qui conduisent mal!

En fait, dix ans plus tard, une chance qu’on s’aime en TA! Je l’ai dit souvent l’an dernier, quand notre vie ressemblait à tout sauf à ce qu’on avait imaginé. Je le crois sincèrement, plusieurs couples y auraient laissé leur peau. Comme le dit si bien notre ami Philippe, la vie, c’est un combat éternel! Ça l’air négatif de même, mais on a compris que ce sont les côtés qui écorchent qui font qu’on sait que la vie, c’est le plus beau cadeau.

Et moi, tant qu’à me battre, je veux le faire avec toi à mes côtés. Ensemble, on est plus fort, plus solide, plus brave. Parce que y’a juste avec toi que l’aventure de parent m’intéresse. Parce qu’on a vécu des joies immenses en dix ans et que d’autres sont à venir. Parce que, une décennie a eu beau s’écouler, je t’aime encore plus. À voir la façon dont tu me regardes, je sais que c’est pareil pour toi. Parce que si la vie s’écroulait devant nous, on se prendrait la main, se regarderait et on dirait: « À go, on fonce! »

Parce que toi et moi, c’est simple, c’est vrai, c’est de la chance qui se transforme en évidence. C’est deux êtres qui grandissent sans jamais s’oublier. C’est un couple qui se permet d’être imparfait. C’est parfois moi qui te porte sur mon dos et tantôt toi qui me tiens à bout de bras. C’est deux parents qui se complètent et qui aiment de tout leur coeur. C’est trouver le bonheur dans les petites choses et s’extasier devant les grandes. C’est regarder en arrière avec un sourire sans en regretter une seconde. C’est laisser le laid se transformer en beau et s’aimer pour nos défauts autant que nos qualités. C’est une recette qu’on a commencée il y a dix ans et qui ne fait que s’améliorer avec le temps.
Fait que, Monsieur mon Mari, à go, t’embarque-tu pour un autre 10 ans? Mais c’est moi qui conduis par exemple! 😛

Quand rien ne va plus, take a Mini Cooper! – Ou mon escapade en sol bilingue

Ça fait un moment que le silence règne ici. Parce que c’est facile de mettre ses tripes sur la table quand ça va bien. Facile de dire aux autres, « regardez comme ma vie est belle, comme je suis bien et heureuse »! Facile de prendre mon équilibre en exemple pour tenter d’en inspirer d’autres à trouver le leur.

Mais la vie est une bitch, parfois. Ça, c’est moins beau, moins glam, moins cute à partager. Ça écorche de sortir mes tripes pour dire que mon équilibre, bin je l’ai perdu. Je me sens fragile, fatiguée, usée. Ça érafle en-dedans de dire que ma vie de famille, ce que je chéris le plus au monde, mes enfants, sont arrivés au bout de mon énergie. Comment ne pas sentir les larmes monter quand tu réalises que tu as tout ce dont tu as toujours rêvé, mais que tu n’arrives plus à t’en réjouir aussi souvent?

Je me suis réveillée un matin pour me rendre compte que je suis devenue la mère que j’ai toujours évité d’être. Celle qui est exaspérée. À bout de souffle. Qui crie après ses enfants. Qui s’impatiente pour un rien et qui se sent coupable l’instant d’après. Qui porte son amour à bout de bras pour éviter qu’il ne prenne l’eau.

Et là, des mois plus tard, j’écris. Enfin, je le dis. Haut et fort. Parce que ça va mieux. Parce que j’ai mis des mots sur ce qui me rongeait. Parce que je voudrais donc qu’on arrête de se morfondre chacun de notre côté, à l’abri des regards, des non-dits, des jugements. J’aimerais qu’on n’ait pas peur de s’avouer vaincu par petits bouts. Qu’on se flatte le nombril un peu pour revenir en force après. Qu’on accepte que la vie, aussi belle soit-elle, n’est pas toujours facile, même quand on a tout.

La dernière année a été intensément exigeante. J’ai pas assez dormi. J’ai puisé dans mes réserves, encore et encore, jusqu’à gratter le fond. Dans le brouhaha, j’ai laissé une distance trop confortable s’installer entre mon mari et moi. Subtile, mais réelle. J’ai continué de sourire, de faire tout ce que je faisais et même plus. Être occupée me donnait l’impression d’être invincible. Pourtant, je sais bien que je ne le suis pas.

Ça fait que, j’ai tiré la plug comme on dit! Deux transactions sur une carte de crédit et un sac à dos rempli plus tard, je suis partie pour la capitale du Canada: Ottawa! Mon réflexe a été de m’exiler. Quelques heures. Un peu plus de 24 heures, seule, à des centaines de kilomètres de la vie telle que je la connais. À faire ce dont j’avais envie, au moment où j’en avais envie. À reconnecter avec l’humain que je suis.

Vu l’état lamentable de la voiture de travail de Monsieur mon Mari, j’ai loué une voiture, question de me rendre à bon port… Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai vu que la « voiture de type compacte Toyota Yaris ou similaire » s’était miraculeusement transformée en Mini Cooper! Telle Charlize Theron dans Un boulot à l’italienne, j’ai traversé le panneau “Welcome in Ontario” avec une main sur le volant, le sourire aux lèvres et un fort sentiment de liberté. Bien sûr, j’allais pas voler de lingots d’or, mais conduire cette petite-qui-en-a-dedans a été le début d’une fin de semaine de pur bonheur! Étrange par moments, moi qui suis maintenant que trop peu habituée à la solitude et au silence, mais oh! combien bénéfique!

Mon naturel rieur, jovial et heureux est revenu au galop! Je marchais dans la ville d’Ottawa dimanche matin avec légèreté et j’avais enfin l’impression de retrouver la personne que je suis. J’étais submergée par le soleil éclatant et l’architecture des bâtiments. Comme un totem, j’ai présenté ma face au soleil le temps que mes poumons s’engorgent de tout cet air frais et ce remplissage d’énergie m’a comblée au plus haut point!

Évidemment, quelques petites réflexions et constats se sont imposés. Comme de lever un peu la pédale sur les projets. De choisir d’être là à 100 % quand je fais quelque chose plutôt que de tout faire à moitié. De ressortir mon bon vieux fil d’équilibre et de me réentraîner à marcher dessus, un pas à la fois.

Mes enfants m’ont manqué. Mon mari aussi. Aussi ironique que ça puisse paraître, j’en aurais pris plus parce que j’appréciais cet ennui. Et aussi parce que j’étais pas encore tannée de flatter mon nombril! 😉

Musique dans le tapis, j’ai repris ma petite Mini en sens inverse, déterminée à répéter l’expérience. À ne plus oublier cet humain que j’aime en moi. Cette personne que j’apprends encore à connaître et à respecter. Cette personne qui je sais redeviendra une bonne mère.

 

P.S. La ville qui se vante d’être bilingue au Canada ne l’est pas tant que ça… mais elle est belle en crime pareil!

P.S.S. Ma porte, mon téléphone, mes oreilles et mon coeur sont toujours ouverts à quiconque a envie d’arrêter de se morfondre et de jaser du côté bitch de sa vie. Je sais que tu l’aimes pareil. 😉

Costa Rica, tu m’inspires!

 

Costa Rica, pays où les routes suivent tant bien que mal le paysage époustouflant, où la nature luxuriante est au premier plan, où la familia est vénérée, où les femmes se sourient et s’assument, où les motos se succèdent, où les gens marchent pieds nus dans les rues, où la pauvreté s’installe partout, sauf dans les coeurs. Costa Rica, pays de fruits exquis, de plages paradisiaques, pays de surf et de lézards, autant dehors que dans la maison. Costa Rica, pays de la Pura Vida, de l’instant présent.

Eh pourtant! Ça n’aura pas été facile d’y voyager. Ça n’aura pas été facile d’en profiter. Dur, dur l’instant présent avec trois enfants de 5, 3 (presque) et 1 an (presque aussi!)! Nos attentes n’étaient pas si élevées pourtant. Nous n’avions pas prévu d’activités chaque jour et les principales consistaient à jouer dans le sable sur une plage… Nous ne nous étions pas imaginé non plus à faire les homards sur une chaise longue pendant que les enfants s’occupent sagement. Non, nous étions un peu fous de partir à cinq, mais nous étions quand même un peu réalistes.

Nous nous attendions à des interventions, à des nuits interrompues, à des crises dans l’avion. Nous étions prêts à affronter la chaleur parfois intense, les enfants fatigués ou une réaction allergique. J’avais acheté de l’immodium, du Benadryl, des Gravol. J’avais de la crème en masse, du chasse-moustique super efficace, des jeux, des collations. Bref, prête pour la guerre!!

Du moins, c’est ce qu’on pensait…

Heureusement que nous avions décidé, deux ou trois mois avant le départ, de changer la durée de notre voyage. My God qu’une semaine aurait été faite de regrets! Haha! C’est pas compliqué, ça a pris une semaine à nos petits vacanciers à s’adapter. Et encore, notre benjamin est redevenu lui-même une fois à la maison. Pendant deux semaines, il nous a servi une dizaine de crises par jour, minimum. Témoins à l’appui! 😉 Ça a été intense et très épuisant. Comme si ce n’était pas suffisant, nos deux plus jeunes ont fait de la fièvre et on a dû consulter. Un mélange d’anglais et d’espagnol plus tard, nous avions accumulé consultations, prescriptions et médicaments pour la modique somme de 300 $!

Parce que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Costa Rica, c’est pas donné. C’est comme un pays du tiers-monde qui se l’a créé (expression empruntée à mon beau-frère)! Du beurre de peanut à 12 $ le pot, genre. Tout ce qui est “américain” coûte les yeux de la tête. En même temps, il faut s’en douter. Eux, ils mangent des légumineuses et du riz pour déjeuner… Les céréales, le pain, la viande rouge, le chocolat, tout ça et bien plus encore sont des luxes. D’un autre côté, j’ai rarement mangé des fruits aussi juteux et savoureux. Les mangues! Vous n’avez jamais goûté à une mangue si vous ne n’en avez pas mangé une du Costa Rica! Du vrai bonbon!

Voyage d’émotions!

J’avoue donc bien égoïstement que j’aurais aimé découvrir cette contrée verdoyante en amoureux. La pura vida, c’est bien plus simple à deux! 😉 Mais on y allait pour rejoindre la famille. Ma soeur, mon beau-frère et leurs trois enfants que nous n’avions pas vus depuis juin 2016. Les retrouvailles furent émotives. Par chance, la nuit était tombée quand j’ai vu ma soeur. Sinon, elle aurait remarqué les larmes un peu trop abondantes dans mes yeux et le moment se voulait joyeux! Vous dire l’émotion qui m’a envahit quand j’ai vu mon beau-frère à l’aéroport avec sa pancarte! J’étais complètement surexcitée, fatiguée, fébrile et beaucoup trop émotive. Je sautais sur place en attendant que les bagages sortent du scanneur. Je voyais la sortie, je le voyais lui et j’avais l’impression de retrouver une partie de moi-même, dans un endroit qui m’était pourtant totalement étranger. Quel drôle de sentiment de savoir qu’eux ont fait tout ce chemin dans un VR! C’est comme irréel! Ouais, cette petite tribu-là, c’est ma deuxième famille.

Une des premières choses qui m’a émue ce sont les retrouvailles des enfants. Pour eux, c’est comme s’ils s’étaient vus la veille. Ils s’amusaient dans l’eau, rigolaient, se taquinaient. Ils ne se quittaient pas vraiment, si ce n’est que pour mieux se retrouver l’instant d’après. Ça fait chaud au coeur de savoir que des liens pour la vie se sont créés en si peu d’années de vie!

Ça a été un peu plus difficile pour les adultes je pense! Débarquer à 5 dans une casa qui contient déjà 5 autres membres, c’est un peu comme installer un clocher d’église sur une maison mobile et la faire résonner plusieurs fois par jour! Bien sûr, nous avons été chanceux d’avoir cet hébergement gratuit et nous en sommes reconnaissants, mais nous avions souvent l’impression de mettre fin à la quiétude qui régnait avant notre arrivée. Je pense qu’ils sont encore un peu traumatisés par notre trio infernal!! Nous avons quand même eu de bonnes discussions, des moments cocasses, plusieurs bonnes bouffes et des moments privilégiés, notamment un dîner entre soeurs et une randonnée à cheval avec ma nièce, un moment attendu avec impatience. Nous nous rappellerons toute notre vie de ces instants où nous étions dix au Costa Rica!! Comment oublier un fait aussi grandiose?

 

Comment ne pas s’extasier devant une vue aussi incroyable? Avec ses montagnes généreuses, le Costa Rica nous offrait des couchers de soleil d’une beauté à perpétuité! L’espace inexploré m’a soufflé un peu de mes racines en me faisant penser au Bas-St-Laurent. Comme quoi même à des milliers de kilomètres j’emporte mon Québec dans ma poche arrière! 😉 J’étais très heureuse d’avoir accès à toute cette abondance.

Pura Vida!

C’est plutôt contradictoire de parler d’abondance dans un pays qui n’a pourtant pas grand-chose comparé au nôtre. Mais c’est pourtant ce que j’ai senti. Pour la majorité des Costaricains, les biens matériels se font rares. Les maisons sont souvent un peu déglinguées, rapiécées ou incomplètes. La vie ne semble pas si mauvaise pour autant. Ils ont des écoles, des routes, des téléphones, des épiceries et des restaurants… et une partie de la population riche à craquer aussi… Je pense par contre que la source de leur bonheur est dans leur dicton: Pura Vida! Une vie simple, sans tracas. Ils n’ont pas un sou, mais ils profitent quand même de la vie. Il n’est pas rare de voir un commerce fermé une journée simplement parce qu’ils ont décidé de prendre congé. Et tout le monde vit bien avec ça! “Ah tiens, la location de voiture est fermée, c’est parce que je dois profiter de la plage aujourd’hui!”

Ça peut être frustrant que pour les nord-américains productifs et performants que nous sommes. Autant nous exigeons parfois trop ici, autant eux sont un peu extrémistes dans l’art de ne rien faire! 😉 Parlez de Alamo à mon mari, vous verrez!

Les enfants semblent aussi occuper une place importante. Ils accompagnent leurs parents au travail quand il n’y a pas d’école ou lorsqu’ils sont trop petits pour y aller. Oui, ils doivent participer au commerce ou s’occuper des plus petits s’ils ont l’âge, mais il se dégage quand même une solidarité familiale. C’est d’ailleurs beaucoup plus facile d’obtenir la sympathie et la courtoisie des gens quand ils voient que tu as des enfants. Si vous n’aimez pas quand un étranger touche votre bébé… Trop tard! Là-bas, toutes les femmes fondent à la vue d’un bambin!

Les femmes costaricaines m’ont d’ailleurs servi une bonne leçon. Quelques surfeuses ont le look qu’on s’imagine avec le titre et semblent tout droit sorties d’un film américain. La femme costaricaine typique est quant à elle un peu plus charnue. Bien sûr, la diversité corporelle n’a pas de nationalité, mais j’ai constaté que peu importe sa forme ou son poids, la femme costaricaine n’a pas peur d’exposer ses courbes. Elle semble étonnamment libérée et bien dans sa peau. Étonnant parce que le féminisme comme on le connaît ici n’a pas encore voyagé jusque-là. Jolie costaricaine, tu t’assumes, pis tu m’inspires à en faire autant! J’ai rapporté un peu de ton assurance dans ma valise, j’espère que tu m’en voudras pas trop! 😉

 

Ça fait que, Costa Rica, tu m’inspires! Tu me donnes envie de voyager plus. Tu m’as convaincue que je dois partir en couple au plus vite! 😉 Costa Rica, Pura Vida, même quand mon Rémi vomi dans l’auto sur un détour irréel dans une forêt de palmiers. Costa Rica, tout est relatif quand on réalise que détour il y a car un homme est mort dans un accident… toi seul peut me faire apprécier le bonheur d’être assez en vie pour vomir! Costa Rica, tu as donc mon amour, mais pas mon coeur, parce que tu me fais réaliser comme je suis bien ici. Costa Rica, pays de famille, tu me confirmes que nous cinq, c’est le plus beau nid que je peux avoir.