La fois où j’ai déterré mes racines croches… Ou briser le silence sur la violence familiale

Octobre 2017. Je suis attendue chez mes parents pour souligner mon anniversaire. J’aurai 34 ans dans quelques jours. Ça tourbillonne dans mon estomac. J’ai le vertige. Je suis stressée, comme toujours. Je n’ai pas envie d’y aller. Comme pour toutes les occasions, je me demande comment ça se passera. Est-ce que j’aurai une boule dans la gorge en soufflant mes bougies cette année? Aurai-je droit à des insultes ou à des regards remplis de méchanceté?

Je suis bien décidée à ne plus baisser les yeux, mais en aurai-je le courage si ça arrive? Pourquoi au juste que je tolère tout ça? Quand est-ce que ça va s’arrêter? Combien d’années encore devrai-je l’endurer? Est-ce l’exemple que je veux donner à mes enfants?

Il y a un moment que j’ai laissé ma plume s’exprimer. Parfois, le silence parle plus que les mots. Parfois, aussi, c’est difficile de trouver le bon angle pour aborder les sujets tabous sans être négatif ou sans laver son linge sale en public.

En même temps, l’omerta, j’en peux plus. Le silence protège rarement ceux qui ont besoin d’aide. Je me suis tue pendant 34 ans. Ou plutôt, j’ai tourné les coins ronds sur la vérité. Pendant 34 ans, j’ai baissé la tête sur la violence conjugale et familiale dans lesquelles j’ai grandi.

J’ai continué de la subir à plus petites doses par la suite. J’ai même de beaux souvenirs à travers les instants de folie. Ceux-là qui font en sorte qu’on se convainc que ça peut encore changer.

Jusqu’à cet instant où j’ai soufflé mes bougies de 2017. J’ai revu la petite fille de 12 ans dans ma tête. Celle qui avait trop pleuré. Celle qui avait élaboré un plan vers sa mort. Celle qui avait arrêté de manger un moment. Celle qui, je ne sais plus pourquoi ni comment, a plutôt choisi de se battre. Assise sur son lit entouré de murs lilas et de papier peint de lapins blancs, la petite Véro s’est promise de réussir. De quitter la maison à ses 18 ans, d’aller à l’université, de bien gagner sa vie, de fonder une famille heureuse et de montrer à tout le monde que personne n’arriverait jamais à la détruire complètement.

Je me suis revue à 12 ans et je me suis rendue compte à quel point je ne faisais pas honneur à la petite guerrière que j’étais alors. J’étais bien devenue une adulte. Indépendante et éduquée. Une épouse comblée, une mère dévouée. Mais je ne m’étais pas encore choisie. Malgré tout le travail sur moi-même, je ne m’aimais pas encore suffisamment pour ne plus tolérer la violence, la manipulation, les crises de colère, le manque de respect. J’étais encore coincée dans cette cage invisible que j’avais tant voulu détruire. J’étais prise, aussi, dans l’image d’une relation à peu près normale que j’avais moi-même contribué à créer. Ça ne pouvait pas être si pire que cela si j’avais réussi à devenir une femme équilibrée!? Et pourtant…

Je réalise aujourd’hui que j’avais besoin de me sentir comme tout le monde. J’avais besoin de faire comme si tout était correct. Je ne voulais pas voir la pitié dans le regard des autres, je voulais qu’on me voit comme je suis, ni plus, ni moins. Je ne me rendais pas compte que je protégeais en fait ce qui me faisait le plus de tort, ce qui m’empêchait de vivre pleinement.

Retourner dans un passé qui a laissé autant de cicatrices est difficile. Pénible même. J’avais réussi à être heureuse, à avoir une vie saine. J’étais un bel arbre droit pour mon entourage… même si mes racines avaient poussé tout croche. Je me rendais enfin à l’évidence. Je connaissais la réponse depuis longtemps, mais je la repoussais.

La seule façon de mettre fin à la manipulation, à une relation toxique et à la violence, c’est de l’éliminer de sa vie. De couper les liens. C’est encouragé de quitter sa conjointe ou son conjoint dans de telles situations. Tout le monde s’entend pour dire que personne ne doit tolérer ça… même si ça reste tabou et que trop de gens se disent encore que “ce n’est pas de nos affaires”.

C’est beaucoup plus compliqué et très mal vu de le faire quand c’est notre enfant ou notre parent. Le seul amour inconditionnel qui existe est brisé. Ça semble facile à faire quand on est à l’extérieur. Je n’étais pas tout à fait prête pour les deuils que ça comportait, celui d’une famille aimante et unie, celui d’une relation saine entre un parent et son enfant, celui de vieillir tous ensemble et tellement d’autres encore! Mais ce n’est pas moi qui ai créé ça.

Tranquillement, toi et moi, ça a perdu son sens. Comment continuer avec ces yeux pétillants qui observent? Quelles mauvaises herbes suis-je en train de planter dans leur beau jardin? Quelle version je suis quand tu es là?

J’ai enfin compris que tu as le pouvoir que je t’ai laissé prendre. Qu’il n’en tenait qu’à moi et à personne d’autre de changer les choses. Que je suis maintenant assez solide et que tu n’arriveras jamais à m’abattre. Que je ne baisserai plus les yeux. Que mon chemin est fait de boue, mais que j’aie les ingrédients pour en faire du ciment. J’ai enfin compris. Je n’ai plus peur.

Croyez-moi, j’aurais tellement préféré avoir une belle relation! J’aurais aimé avoir hâte de rentrer à la maison. J’aurais voulu partager mes joies et mes peines dans la confiance et l’amour. J’aurais tellement préféré me sentir en sécurité auprès de cette personne! J’aurais aimé ne jamais ressentir cette peur. J’aurais aimé qu’on ne place pas ces images noires dans ma tête.

Alors voilà. Il y a quelques semaines, le 9 mai très exactement, j’ai choisi la petite fille de 12 ans avec du courage plein les bras. J’ai choisi la femme que je suis, avec ses racines croches et son goût de vivre. J’ai choisi le couple qui a fait de moi une épouse comblée et une femme plus confiante. Finalement, j’ai choisi d’agencer mes paroles à mes actes et de montrer l’exemple d’une mère qui dit non à ce qui ne devrait pas exister. Une mère qui se respecte assez pour ne pas se laisser détruire. Une mère qui ne veut pas voir ses enfants souffrir comme elle a souffert. J’ai choisi d’offrir plus que ce que j’ai reçu.

J’ai décidé de couper les ponts avec mon père.

Pour moi. Pour ma famille. Pour mes enfants. Pour être moi-même en tout temps. Pour mettre fin au silence. Pour, peut-être, en aider d’autres à y voir plus clair.

Ça n’a pas été facile. Ça ne l’est toujours pas. Les crises de panique, le harcèlement, les menaces, la manipulation essaient encore de faire leur chemin jusqu’à moi. Mais j’y arriverai.

Je sais que plusieurs ne comprennent pas ma décision. D’autres se demandent pourquoi ça m’a pris autant de temps. Nombreux sont ceux qui ne veulent même pas en entendre parler. Quelques-uns sont vraiment là. Je suis choyée de les avoir.

Finalement, plus je brise le silence, plus que je me rends compte que des racines croches, y’en a beaucoup. Trop. Arrêtons de se taire. Laissons nos branches pousser et nos couleurs s’éclater. On ne choisit pas toujours ce qui nous arrive, mais nous choisissons toujours comment nous réagissons.

  • Si vous vivez de la violence, parlez à quelqu’un en qui vous avez confiance. Si cette personne ne comprend pas, parlez-en à une autre, jusqu’à ce que vous trouviez un coeur prêt à vous entendre.
  • Faites confiance en cette petite voix qui vous dit que ce n’est pas correct.
  • Consultez les organismes pour les victimes de violence.
  • Si vous êtes près de quelqu’un pris dans une relation toxique, écoutez. Ne jugez pas. Tendez la main. Personne ne coupe les ponts avec un proche sans raison.
  • Signalez les abus dont vous êtes témoins. Si vous vous sentez en danger, appelez la police.
  • Consultez un professionnel pour vous aider à comprendre ce que vous vivez ou avez vécu.

Donnez-vous le droit de vous aimer assez pour dire non. Pour partir. Pour choisir la vie. Pour vous choisir. Pour être heureux.

C’est quand la dernière fois que t’as entraîné… ton âme?

 

On vit dans un monde d’apparences. Bien manger et s’entraîner, c’est in! No excuse comme je vois souvent! Peu importe ton âge, ta situation amoureuse ou familiale, peu importe d’où tu pars, tout est possible pour obtenir ton corps de rêve! À coups de shakes verts et de squats, tu accompliras tous tes désirs! Comprends-moi bien, je suis pas là pour te dire que c’est pas correct. Je suis là pour faire un p’tit jeu. Je m’en vais te poser des questions. Des questions que je m’envoie à moi-même aussi. T’es pas obligé de répondre. Tu peux dire passe autant que tu veux. Mais j’espère quand même que tu prendras le temps d’y répondre plus tard, quand tu y auras pensé… ou au contraire, quand tu n’y penseras pas trop!

À go, on part! Prêt? Go!

Fait que ton âme, elle? Ouais, ça part fort!

C’est quand la dernière fois que tu l’as nourrie, ton âme? Ou plutôt, de quoi la nourris-tu? De quelles pensées la laisses-tu se construire? Lui donnes-tu des shakes plein de vitamines à elle aussi des fois? Ou tu la laisses se nourrir de chips et de McDo tous les jours?

L’as-tu laissée sortir de ses bottines dernièrement? L’as-tu laissée explorer de nouvelles idées? Elles ont l’air de quoi tes idées, tes valeurs? Les connais-tu? Te conviennent-elles encore? Sur quoi tu te concentres pour te faire une idée du monde? Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein? Laisses-tu des gens décider de ce que tu dois faire, dire et penser? Attends… laisse-moi te reposer celle-là autrement: par qui te laisses-tu influencer et guider?

Je sais, je te bombarde. Inquiète-toi pas, tu pourras rapporter le questionnaire après si tu veux! 😉 Tu vas y arriver! Attache-toi, on continue!

Lui as-tu montré de nouvelles expériences à ton âme? C’est quand la dernière fois que t’as fait quelque chose pour la première fois? Je te parle pas d’un programme d’entraînement ou d’une recette végane là. Je te parle d’un rêve que t’avais enfant. De sauter en parachute. De te garocher dans quelque chose de complètement inconnu, juste pour voir. Je te parle d’apprendre une nouvelle langue. Ou de te faire un nouvel ami. Ou de t’inscrire à un cours. Ou de partir ta business. Ou juste de payer un café à quelqu’un que tu connais pas (je l’ai fait cette semaine, wow! Sourire instantané!). N’importe quoi qui te ferait sentir vivant, qui nourrirait ton âme, qui te rendrait vraiment fier. Quelque chose qui te donnerait envie de lever tes deux bras à la Rocky Balboa! Une entière satisfaction. Sais-tu ce serait quoi pour toi?

L’as-tu écoutée un peu ton âme? Comment elle va? De quelle couleur est-elle? Est-ce qu’elle brille? Elle sourit ou elle a les yeux tristes? Quelle genre de lunettes elle porte? Serait-elle due pour un ajustement? Qu’est-ce qui la fait rire? Quand est-ce que tu la sens bien, détendue, paisible? Est-ce que tu l’entends seulement?

Par quoi tu te définis le plus? Qu’est-ce qui fait que t’es c’que t’es? T’es-tu déjà posé la question?

Je suis sérieuse! Pour vrai de vrai là!

C’est quoi tes passions, tes rêves? Ton âme, quand tu lui donnes un peu de silence, quelles images te renvoit-elle? Est-ce que ce sont les mêmes qui font partie de ton quotidien? Si tu rencontrais l’enfant que t’étais à 8-10 ans, qu’est-ce qu’il te dirait? Serait-il fier de toi? Qu’est-ce que tu attends pour le rendre fier? No excuse, pas vrai?

Tiens bon, on y est presque!

As-tu la même douceur, le même amour pour ton âme que pour ton corps? Accordes-tu autant d’importance à ce qu’on voit pas? C’est quand la dernière fois que t’as entraîné ton âme?

Tu viens de le faire. Un peu. Peut-être que ça pas fait trop mal. Peut-être que tu me trouves bizarre. Oui, je sais. C’est pas le plus drôle des jeux. Pas le plus sexy non plus, hen? Mais il est essentiel.

Je l’ai appris à mes dépens. Parce que ton âme, c’est ce que tu auras de plus solide pour affronter les moments plus difficiles de la vie. C’est aussi ce que t’auras de plus précieux pour célébrer tout ce qu’il y a de beau dans ce monde. C’est grâce à ton âme que tout est possible! C’est elle qui te guidera vers le bonheur et l’amour. Ton âme et ton coeur, c’est le duo parfait! Laisse-les t’amener vers ton corps et là t’auras le trio le plus redoutable de la LNH!! Le Canadien pourra aller jouer au golf autant qu’il voudra après ça! 😉

Médite, lis, repose-toi dans le silence. Questionne-toi. Remets tes décisions en doute. Surprends-toi. Donne-toi des défis. Prie si tu le souhaites.

Ton âme, c’est ce qu’il y a au plus profond de toi-même. C’est ce que personne ne voit, même pas toi souvent. Ce sont les racines qui nourrissent tout le reste. Parce que c’est pas vrai qu’on arrête de grandir. Ça serait bien triste de finir ça à 14-15 ans, tu trouves pas?

Moi, j’ai décidé de grandir encore. Toujours. Je parle à la petite fille de 12 ans. À la jeune femme de 20 aussi et à la personne que je suis devenue: femme, épouse, maman. Les trois grands rôles de ma vie! J’essaie de me brasser un peu des fois, de me dépoussiérer surtout! C’est pas toujours facile. Je suis une personne de routine. J’aime me sentir confortable. Peut-être parce que y’a souvent eu des montagnes russes dans ma vie. Je préfère naviguer plus lentement maintenant. N’empêche qu’il faut parfois changer de souliers pour continuer notre chemin. J’avais oublié comme c’était bon, se remettre l’âme en shape!

Maman Instagram

Petite maman Instagram, belle bédaine de Pinterest, t’es magnifique! T’as une belle peau, des cheveux parfaits, tes photos sont toujours pures, remplies de bonheur. Et que dire de la chambre de ce petit ange que tu attends! Les plus grands magazines ne sauraient accoter ce décor plus blanc que blanc, invitant, doux et lumineux que tu as créé! Il est évident que tu te dévoues déjà pour ce petit enfant qui grandit dans ton merveilleux ventre tout rond qui n’a pas dépassé la largeur de tes hanches.

Je regarde tes couches et tes lingettes lavables stylées, tes produits écolos soigneusement choisis sans phtalates, sans parabènes, non testés sur les animaux, végétaliens, et je me dis que t’es vachement plus renseignée que je ne l’étais à mon premier!

T’es prête pour l’allaitement aussi. Tu t’es même pas posé la question après avoir lu dans quatre études différentes que c’était le meilleur moyen de nourrir ton bébé sainement. Et tu affronteras les jugements de la génération d’avant qui te dira que tu devrais lui donner un biberon pour qu’il fasse ses nuits – ou une cuillerée de céréales – ou une mini gorgée de gin. Tu expliqueras ce que tu as lu et ils comprendront bien sûr! Le seul biberon que t’as acheté, avec une tétine sans BPA, sera exclusivement utilisé pour l’eau que tu auras soigneusement bouillie et refroidie si jamais ton bébé fait de la fièvre. Parce que, non, il n’aura pas besoin d’eau sinon, il sera allaité. J’admire ta détermination.

T’as fini ta valise d’hôpital la semaine dernière. Celle du bébé était prête quelques jours avant. T’as mis ton plan de naissance dans la petite poche en avant. Tu te sens prête pour ton accouchement naturel dans le bain de la maison de naissance. T’as aussi lu sur l’accouchement à la maison, au cas où. Tu m’impressionnes! J’étais loin d’être aussi confiante il y a 7 ans!

En plus, t’es super bien équipée! Hier, t’as lavé tous tes petits pots à congélation et t’as fini de lire ton 2e livre sur l’alimentation bio et végé pour bébés. Tu as même commencé à faire des provisions dans le congélateur et à préparer des collations pour le retour à la maison avec ton petit chérubin. Tu as pratiqué tous les noeuds de portage de ton écharpe en bambou. Tu as déposé ton long coussin d’allaitement flexible, en coton biologique et localement fait à la main sur ton côté de lit, à côté du moïse tout près. Tu te sens confortable avec l’idée du cododo et tu t’imagines allongée, avec ton bébé tout neuf, yeux dans les yeux. Vous plongez tranquillement dans le sommeil. Un moment de bonheur pur. C’est vrai que ces petits instants sont magiques.

Ta dernière photo m’a émue. Celle que tu as mise ce matin. Dans ta maison impeccable, lumineuse et sereine, tu as déposé tes mains sur ton ventre en baissant les yeux. On voit dans ton regard tout l’amour que tu portes à ce petit miracle qui vient. Je te l’ai dit, t’es magnifique.

Mais j’ai quand même un peu peur pour toi. J’imagine déjà tes photos après. Dans ton superbe décor Instagram. Avec ta petite merveille. Dans ton jeans d’avant 2-3 mois après l’accouchement. Dans ta photo, tu allaites en parfaite harmonie, avec le sourire. Et tu nous écris à quel point tu es heureuse et que c’est le plus beau cadeau que la vie t’ait fait. Je te crois. Je te comprends.

Sauf que, c’est beaucoup, tu trouves pas? Tu as de beaux principes. T’es 100 fois plus prête que je ne l’étais. Tu as pris ton rôle au sérieux et tu feras une bonne maman. Ne doute pas de ça. Mais c’est beaucoup de pression, tout ça.

Personne n’est parfait avant de devenir parent. On ne le devient pas plus quand nos petits minis arrivent. Même que, ils sont plutôt doués pour faire ressortir le meilleur ET le pire en nous.

Je trouverais dommage que tu te mettes à douter de tes capacités parce que ton beau piqué imperméable d’un designer québécois est taché des défécations de ton petit ange. Ou parce que, t’as beau essayé, l’allaitement va tellement mal que tu te caches dans la salle de bain pour pleurer aussitôt que t’as fini. Ou parce que les planchers de ta maison impeccable sont soudainement devenus quelque chose d’un peu collant pour tout déposer: sac à couches, vêtements sales, vêtements propres, parc, chaise, coussin d’allaitement, jouets, mouchoirs. Ou encore parce que ça fait deux jours que t’as pas pris une douche digne de ce nom et que tu sens le lait sûr. Ou bien parce que, finalement, t’as acheté une boîte de lingettes le temps que t’aies le temps de faire tout ton lavage…

Ne te sens pas merdique si t’as accepté la péridurale à l’hôpital, ou si tu donnes des fraises pas bio achetées chez Maxi. Ne doute pas de tes compétences si tu n’es pas exactement la mère que tu t’étais imaginée devenir.

T’as le droit de penser que ton petit ange n’en est pas un, finalement. C’est un enfant, à la fois unique et comme tous les autres. Ça ne t’empêchera pas de l’aimer de tout ton être. Et si cet amour n’était pas instantané, tu n’en deviendrais pas un monstre.

Ça se peut que tu vives mal avec ton nouveau corps. Que tu remettes tes jeans (ou pas), que ton ventre ait maintenant plein de petits chemins creusés par la vie (ou pas), que tes seins n’aient plus leur tonus ou qu’ils deviennent démesurés, des choses changeront. Je trouverais ça triste que tu te sentes moins femme. Ne laisse pas ces idées entrer dans ta tête.

Il y a 6 ans et demi, j’ai frappé mon propre mur de la maternité. Pourtant, je n’avais pas tant d’attentes! J’ai accouché en n’ayant pas de décision claire par rapport à l’allaitement. L’accouchement s’est bien passé, mais il ne s’est pas vraiment passé comme je l’avais imaginé… L’allaitement a jamais fonctionné au premier. Je me suis sentie tellement coupable et jugée. J’ai tiré mon lait pendant un mois et demi pour lui donner, en échange de mon équilibre mental. Ma maison était un bordel plus souvent qu’autrement. J’ai sous-estimé l’importance que j’accordais à l’opinion des autres. On me donnait des conseils que je n’avais pas souvent demandés et ils m’atteignaient comme une flèche en plein coeur. J’étais sans doute un peu trop susceptible et remplie d’hormones, mais c’est tellement difficile d’être objective face à ce que nous chérissons le plus!

J’ai dû réalisé et accepté que je n’étais pas une mère parfaite et que je le serais jamais. Ce qui est bizarre, c’est que je ne savais même pas que c’est ce que je tentais d’être! Encore aujourd’hui, après trois enfants, je ne sais pas toujours ce que je fais! J’apprends en même temps qu’ils grandissent. J’essaie d’accepter les leçons avec humilité.

Et c’est là où j’ai peur pour toi, Maman Instagram. Laisses-tu de la place à l’erreur? Aux remises en question? Aux imperfections? Aux attentes que tu n’atteindras jamais? Laisses-tu un espace pour le laid? Pour tes côtés sombres que tu découvriras? Pour ceux de ton partenaire? De ton enfant? Sauras-tu accepté les jours gris? Les pleurs? Les déceptions? Le découragement? L’impuissance?

 

Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité.

– Carl Gustav Jung

 

Le plus grand miracle de la vie n’a pas lieu dans un univers d’arc-en-ciel et de licornes ou dans un décor pur et blanc d’Instagram. Le plus grand miracle de la vie, c’est d’atteindre à la fois le plus beau et le plus laid de l’humanité et d’en ressortir grandit, un peu, chaque fois. C’est de réaliser que le beau n’existerait pas sans le laid. C’est d’explorer toutes les nuances qui se trouvent entre les deux et tenter de comprendre pourquoi il nous faut les traverser. C’est simplement d’aimer assez pour voir que, dans le fond, c’est eux qui nous apprennent tout.

 

Alors que nous essayons d’enseigner la vie à nos enfants, nos enfants nous montrent ce qu’est la vie.

– Angela Schwindt

 

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Maman et papa font l’amour

Comment je te dirais bin ça…  J’aime ça, faire l’amour. J’aime ça aussi quand c’est un peu plus primaire. J’aime ça, le sentiment de bien-être après. Comme quand on revient de s’entraîner. Ça m’arrive souvent de te regarder, d’avoir envie de te dire: “Viens donc ici minute, qu’on se colle un peu”. Tsé, comme avant. Bin, avant les enfants j’veux dire.

Parce que maintenant, j’ai souvent envie de te le dire, mais je le dis pas souvent. Parce que je laisse mon évachage sur le divan tuer mon envie d’amour. Parce que tu te lèves tôt. Parce que je dois m’occuper des enfants dans quelques heures à peine. Parce qu’il faut faire du lavage ou juste parce qu’on a envie d’être seul ensemble. C’est pas compliqué, des parce que, j’en ai un char pis une remorque!

Je sais pas pourquoi, non plus, je suis devenue plus gênée. On se parle plus de sexe comme avant. On fait l’amour les lumières fermées. J’ai longtemps pensé que mon corps marqué par les grossesses me rendait moins à l’aise. C’est de la foutaise! Je m’en fous bien des vergetures et des petits bourrelets quand on se retrouve! Ma supposée gêne dure 3 secondes et quart!

On n’est pas pire que les autres non plus. En fait, on se console souvent quand on se compare. On “le fait” quand même assez souvent, pareil. Mais juste pas comme avant. Et c’est pas un manque d’amour ou de désir. Oh non! Je dirais qu’on s’aime encore plus! Je le vois, je le sens.

Fait que, c’est quoi debord?

Je pense qu’on est bien, dans notre maison remplie de petites vies. Je pense qu’on aime s’ennuyer un peu et se retrouver après. Je sais maintenant qu’on peut faire l’amour en partageant un café ou en ayant une discussion sur le sens de la vie pour nous. On a donné, avec le temps et trois enfants, un sens beaucoup plus large à l’union entre deux personnes. L’intimité, ce n’est pas associé seulement au physique. C’est les regards qu’on échange, tes bras qui m’enlacent chaque soir et ma hâte de te parler quand j’entends la porte d’entrée. C’est les trois petites vies qu’on a créées en laissant la tienne et la mienne s’emmêler.

J’ai quand même envie qu’on retrouve notre spontanéité. J’ai envie qu’on se donne autant de plaisir qu’on s’aime. J’ai envie qu’on rouvre les lumières et qu’on rebaptise la maison. J’ai envie qu’on se parte un film sans l’écouter. J’ai envie qu’on aille se coucher plus tôt. J’ai envie que le vin nous allume au lieu de nous endormir. J’ai envie de toi. De toi avec moi.

À partir de maintenant, fuck off! Maman et papa font l’amour! On va changer les parce que en pourquoi pas! Tuons les excuses et vivons la passion! Je vais te frencher comme une ado et te laisser me pogner une fesse en plein milieu du souper. Je vais écouter moins de télé et me coller.

Désolée les enfants, maman et papa s’aiment trop!

Dans le fond, n’est-ce pas là le plus bel exemple qu’on peut leur donner? Des parents qui s’aiment assez pour se désirer encore, année après année. Une maman et un papa qui s’unissent avec respect et passion. Avec tendresse et désir. Une union saine et belle qui traverse les années. Ça te tente-tu?

Juste avant que tu partes… Il faut que je te dise…

Hier, j’ai glissé ma main dans la tienne. Cette main un peu froissée que j’ai toujours trouvée si douce. Tu as serré la mienne un peu. Puis tu as fermé les yeux. J’avais envie de pleurer, mais la souffrance qui se lisait dans ton visage m’a donné la force de t’accompagner en silence et en douceur. Ensemble, on a attendu que ça passe.

Ça m’a déchiré le coeur de te voir ainsi. Parce que ce que tu représentes pour moi est beaucoup plus joyeux.

Tu es le symbole de mes plus beaux rassemblements. De ces tablées d’abondance. De ces incalculables tartes au sucre (au chocolat, au caramel, au Corn Flakes…) que tu préparais en sachant très bien laquelle était ma préférée. J’en rapportais toujours. Nous en rapportions tous. Depuis quelques années déjà, j’en fais aussi. Mais elles ne seront jamais aussi bonnes que les tiennes.

Ce goût de cuisiner de bons plats pour ma famille. Ce plaisir viscéral de recevoir des groupes à l’occasion. L’amour qui me remplit quand je vois ma propre tablée pleine de ces gens que j’aime et qui discutent ensemble. C’est toi. Tout ça, ce sera toujours toi. Tu ne donnais pas les plus gros cadeaux, mais tu donnais ton amour dans chaque pincée de sel, dans chaque coup de rouleau, dans les plats bleus pour la soupe au chalet dont mes enfants se servent maintenant et dans tous ces “bonsoirs” un peu trop formels que tu lançais quand même avec le sourire à chacun de mes départs.

Ma belle grand-maman, j’ai aussi un peu puisé de ma force dans la tienne. Je sais que tu as vécu ton lot d’épreuves, dès ton plus jeune âge. Tu m’as glissé mot de ces difficiles instants depuis que je suis adulte. Mais tu n’en laissais rien paraître quand j’étais trop jeune pour en saisir les nuances.

Pour moi, tout avait l’air facile de ton côté. Avec tes cheveux toujours bien coiffés, ton maquillage subtilement appliqué, tes bijoux soigneusement agencés, tes manteaux de fourrure dont tu étais fière, ton doux parfum. C’était là les symboles que tu avais réussi. Tout ça faisait de toi une femme de son temps, mais qui a su prendre sa place. Une femme de caractère qui ne s’en laisse pas imposer, mais qui fait tout de même preuve d’une grande sensibilité. Je ne suis pas devenue féministe pour rien. Mes deux grands-mères ont été des inspirations indéniables. J’espère que ma fille s’en inspirera aussi.

C’est plus tard que j’ai décelé ta vulnérabilité, ta fierté et ton orgueil développés au fil de durs labeurs. C’est quand je suis devenue maman que j’ai compris l’ampleur des peines que je lie maintenant à certains événements. Tu as eu une belle vie, bien remplie, sans pour autant dire qu’elle a été facile. Ton sourire sera toujours une inspiration pour que je traverse moi-même les épreuves de la vie avec dignité.

Et je souhaite devenir ce lien que tu as été dans ta famille. Celle qui rassemblait tout le monde. J’aimerais être cette personne pour les miens, pour ma famille, pour mes amis. Celle qui inspire les belles soirées un peu arrosées, les repas partagés qui s’étirent, les veillées où les enfants s’endorment dans une pile de manteaux.

Dans notre carte de mariage, tu as écrit: “Nous vous souhaitons une vie aussi longue que la nôtre.” Tu disais souvent des affaires qui se réalisaient. Tu nous le prouves encore aujourd’hui. Dans ce cas bien précis, je te dis merci. C’est le plus beau souhait du monde. Si je réussis à bâtir un couple aussi solide et aimant que tu l’as fait avec grand-papa, c’est que vous en aurez été le principal modèle. Du moins, le plus beau à mes yeux. Et oui, ce sera la plus belle longue histoire de ma vie.

Grand-maman, quand tu ne seras plus là, je veillerai sur tes souvenirs. Je te garderai vivante. Je te placerai tout juste à côté de ton mari dans mon coeur et je vous emporterai partout. La petite Alice comme tu l’appelles te connaîtra aussi bien que ses frères. Et je te souhaite de continuer ta longue vie avec lui. Il disait que c’était bin beau en haut. Certaine qu’il t’a gardée la plus belle vue.

Ah! Et il faut que je te dise…

Je t’aime.