Questions pour ma grand-mère

Ce texte a originalement été publié sur mon compte Facebook personnel le 11 avril 2014. Mais parce que c’est sa fête aujourd’hui et qu’elle est encore bien présente dans mon cœur, voici l’hommage pour grand-maman St-Pierre.

 

grandmere et bebe

 

J’avais à peine 16 ans quand tu es partie grand-maman. Assez vieille pour comprendre que je ne te verrais plus, trop jeune pour réellement te connaître et trop occupée, aussi, par une vie d’adolescente parfois ingrate.

Aujourd’hui, Xavier m’a tapée, encore une fois. Ça a pris une bonne demi-heure s’habiller pour aller dehors parce qu’il voulait le faire seul mais n’y arrivait pas. Quand on est rentré, j’ai fait le diner. Rien de bien compliqué, une soupe, des craquelins, du fromage. Rémi devait boire, Xavier refusait de manger. J’ai regardé autour de moi, j’ai vu le chaos qui régnait un peu partout dans la maison… j’en avais plein les bras. J’avais presque envie de me laisser aller à pleurer, mais j’ai pensé à toi.

Toi, ma grand-maman qui est partie trop tôt, celle qui nous accueillait toujours avec les bras ouverts et un grand sourire. Toi, qui as eu 16 enfants, par obligation plus que par désir. Comment as-tu fait grand-maman?

Tu me rebaptisais souvent. Parfois je m’appellais Valérie ou Justine et des fois tu m’appellais Véronique du premier coup! Petite, il m’arrivait de t’en vouloir. Il m’arrivait aussi de te trouver bien sévère quand tu nous demandais de baisser le ton alors que, pour moi, nous étions bien sages. Je ne comprenais pas que tu avais été entourée de bruits d’enfants un peu trop souvent et probablement trop longtemps aussi. Je ne savais pas ta fatigue physique d’avoir porté tous ces bébés et d’avoir trouvé la force de tous les aimer comme le premier.

Je ne savais pas non plus mesurer les traces que la vie avait laissées sur toi. Un tas d’enfants dans une petite maison, deux cancers auxquels Dieu seul sait comment tu as réussi à survivre, un mari pas toujours présent et aussi rongé que toi par le manque. Le manque de tout, mais d’argent surtout.

Je te demande pardon grand-maman. Pardon d’avoir assumer plein de choses à ton endroit, pardon de ne pas avoir chercher à te comprendre davantage, de ne pas avoir posé plus de questions. Aujourd’hui, j’en aurais des questions. Avais-tu envie de pleurer, toi aussi, grand-maman? Le faisais-tu? Avec grand-papa, c’était comment? Alors que notre génération se plaint souvent de manquer de temps… qu’en était-il de vous? Trouviez-vous encore le moment de vous aimer? Malgré une vie 100 fois plus difficile que la mienne, étais-tu heureuse grand-maman?

Je sais que nos époques étaient bien différentes. Tu n’avais pas le temps de jouer avec tes enfants, toi. Tu ne prenais pas des photos d’eux tous les jours… tu n’avais même pas d’appareil photo! Tu passais sans doute plus de temps à cuisiner qu’à dire “je t’aime”… mais tu le disais quand même, d’une autre façon. Et, comme moi, tu étais une femme. C’était comment dans ton coeur de femme grand-maman? À quoi pensais-tu le soir en te couchant? Qu’est-ce qui te faisait sourire? Pourquoi es-tu tombée amoureuse de grand-papa?

Évidemment, je n’aurai jamais de réponses à toutes ces questions, ainsi qu’à toutes celles qui viendront avec le temps. Pas plus que tu ne les avais, toi, à mon âge. Si, tu as fait comme t’as dit, que tu as retrouvé ton Lauréat au paradis et qu’ensemble vous avez enfin le temps de veiller sur nous, saches que tu m’inspires grand-maman. Saches que je n’aurai sans doute jamais le quart de ton courage, mais que le seul fait de penser à toi me redonne le sourire. Je te dois bien ça.

La dernière image que j’ai toujours gardée de toi, c’est celle où tu regardes ma photo de finissante que je t’avais apportée à l’hôpital. Tout sourire, tu la présentes à l’infirmière et lui dit: “Regardez, c’est ma petite-fille ça. Elle est belle ma petite Véronique hen!” En voyant la fierté dans tes yeux, j’ai su que tu m’avais toujours aimée et que je t’aimerais toujours moi aussi.

 

Crédit photo via Pinterest

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Véro

Femme dans la jeune trentaine, je suis aussi une heureuse épouse et mère de deux garçons. Riche d'une décennie en communication et marketing et de mon histoire aussi simple que rocambolesque, je partage avec vous mes humeurs du moment.

2 thoughts on “Questions pour ma grand-mère”

  1. Superbe et très touchant ce texte, la sagesse de ces pilier dans nos vies restera toujours. Pour avoir perdue mes grands-parents très vite, toute l’amour de mes grands-mères restera gravé, il m’arrive encore de leurs demander conseil dans les moments difficiles.

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