On se prend pour qui?

Avertissement! Cet article doit être lu avec le même sarcasme et la même autodérision utilisés pour l’écrire. Notez bien que j’avais ce sujet en tête depuis un bout de temps, mais que l’article Culpabilité inc. a servi de catalyseur.

citation hemingway

Lundi passé, comme tous les lundis, je me rends à l’écurie. Déjà, ça sent le gros luxe. Parce que moi je suis assez importante dans la vie pour aimer les chevaux et décider que je vais mettre mes fesses dans mes petits pantalons, ma selle en cuir, que je vais enfiler ma bombe trop cher sur mon cerveau précieux et monter sur un cheval mieux traité que la moitié de la population mondiale. Bref… je m’égare légèrement.

Mon amie me raconte une fête d’enfants. Des jumeaux de deux ans avec une grosse pignata. Parce que, bin oui, à deux ans t’es assez important pour défoncer un zèbre rempli de bonbons à grands (grands étant relatif ici vu les petits bras dont on parle) coups de bâton. Cet événement va faire de toi une meilleure personne. Parce que, évidemment, tu vas t’en rappeler toute ta vie…

Tsé, c’est comme les gâteaux d’anniversaire. On dirait que les parents compétitionnent entre eux pour voir qui fera le plus beau et le plus gros ou alors qui aura déboursé le plus pour un méga gâteau en fondant commandé à une supposée pâtissière qui fait des gâteaux on the side pour boucler ses fins de mois et utiliser ton budget hebdomadaire d’épicerie pour deux personnes, minimum. Même chose pour les jeux gonflables, aussi plaisants soient-ils.

Je vous écris ça, pénarde dans ma belle grande maison nord-américaine que nous avons bien sûr méritée en tant que bons êtres humains qui travaillent. Oui, on a besoin de tout cet espace…

Je nous regarde, moi en premier, et je me dis: On se prend pour qui?

Ton petit toi, mon petit moi, on est qui pour se penser si importants que ça? Pour s’imaginer que nos enfants ont besoin de ça? Pour croire qu’une fête d’enfants c’est aussi important que l’eau qu’on boit et qu’on gaspille sans lendemain.

Calmons-nous!

Ta vie, ma vie, ne valent pas plus que celle d’un autre être humain. Ton enfant, mon enfant, ne sont pas plus importants que l’enfant de la maman africaine qui marche 2 km chaque jour pour aller chercher son eau potable… SI elle a accès à de l’eau potable.

C’est comme mon grand qui me fait suer depuis hier. Il est en rechute du fucking four. Bin oui, ici, ça existe le fucking four, assez importants pour ça les petits Canadiens. Il vient de passer une super belle fin de semaine avec son parrain et sa marraine. Son parrain se tape 45 km aller-retour, 90 au total, pour venir nous le porter… pas capable de dire merci. Pareil comme pour ses sandales qu’il a choisies et qu’il dit ne pas aimer cinq minutes plus tard en sortant du magasin. Ça lui est dû, tout ça, tsé. L’ingratitude de mes enfants me pue au nez, tout en réalisant que j’ai moi-même contribué à leurs attentes élevées de matériel et de luxe (genre, en leur achetant des gâteaux trop beaux). Honnêtement, j’ai le goût de l’envoyer vivre dans une hutte pendant deux semaines juste pour voir!

Encore une fois, je vous dis ça entourée de beaux pots de fleurs et après avoir passé la fin de semaine à penser au meilleur plan pour notre futur deck de piscine. Je mérite ça, moi.

Sérieux, on se prend pour qui?

Je ne suis pas mieux que personne. Je fais des petits gestes pour me faire croire que j’ai plus de conscience que la moyenne, mais je sais bien que c’est un peu hypocrite.

Quand même, calmons-nous!

Si au moins on savait apprécier. Si au moins on se pensait pas au-dessus de tout et de tout le monde. Si au moins on utilisait vraiment ce qu’on a et qu’on essayait de réparer au lieu de jeter. Si on se mettait à encourager des entreprises responsables. Si on s’informait, vraiment. Si on allait voir la réalité des autres au lieu de se payer des voyages tout compris qu’on a soit-disant mérités. Si on partageait plus et qu’on compétitionnait moins pour le gazon le plus vert. Si on laissait les enfants s’inventer des jeux et faire du bénévolat. Si au moins on s’impliquait dans ce monde au lieu de s’impliquer dans notre nombril.

Si on se calmait et qu’on se prenait simplement pour le petit grain de vie qu’on est? C’est pas parce que c’est petit que ça ne peut pas être beau et grand.

 

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Véro

Femme dans la jeune trentaine, je suis aussi une heureuse épouse et mère de deux garçons. Riche d'une décennie en communication et marketing et de mon histoire aussi simple que rocambolesque, je partage avec vous mes humeurs du moment.

2 thoughts on “On se prend pour qui?”

  1. C’est bien vrai mais en même je crois que ce qui compte le plus c’est TA famille. Votre sécurité physique et mentale à tous. Bien sûr la pauvreté existe partout et on est bien chanceux (même si je crois qu’on fait notre chance) de ne pas trop la cotoyer. je ne crois pas qu’il faut s’excuser pour ce que nous avons. Faut juste s’en rende compte et travailler fort pour garder ce qui fait du sens pour nous. Je suis la première à promouvoir le bénévolat et aider son prochain, mais je suis également aux premières loges lorsque je vois des gens qui créent leurs malheur. Pourquoi tu as ta maison aux grandes pièces et ton cheval? parce que tu travailles pour les garder. Une fête d’enfant avec une pinata et un gros gâteau ultra cher n’est certainement pas utile mais elle contribue à de beaux souvenirs et une complicité parent-enfant. Pour ma part c’est le dosage du matériel et la réflexion de l’enfant par rapport à tout ça qui fera une différence entre un mode ultra superficiel et compétif et un monde meilleur!

    1. Merci tellement d’avoir pris le temps de commenter! 🙂 Je te réponds bien tard, mais je tenais à le faire! Je suis pas mal d’accord avec toi aussi, je déplore plus le fait que plusieurs ne prennent pas le temps de le réaliser et de redonner aussi (on y gagne beaucoup en plus, comme tu le sais si bien!). Je pense aussi qu’il faut parfois dans la vie prendre la décision d’être heureux et bien et de faire ce qui s’impose pour y arriver. Reste que c’est faux que nous naissons tous avec les mêmes outils. Le contexte familial et géographique joue pour beaucoup. Certains doivent travailler plus fort.
      Le dosage avec les enfants… 100 % d’accord. Mais je te jure que l’environnement social n’est pas toujours facile à gérer! Les enfants veulent rapidement ce que les autres ont et c’est pas facile de comprendre pourquoi, eux, c’est non… Bref, un sujet plein de nuances!! 🙂

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