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Tsé quoi? C’était cool. J’ai oublié que j’avais 35 ans. C’te dimanche après-midi-là, malgré la fatigue et la gorge qui pique, j’avais maximum 8 ans. Je jouais. Avec mes enfants, un ami de mon grand qui s’est joint, mon mari et mon chien rempli de joie de courir après nous dans “trop de neige”!

 

*Ça c’est pas dimanche… j’ai pas pris de photos, j’avais 8 ans et pas le temps de penser à ça! 😉

Ça faisait longtemps que j’avais ri autant avec un traîneau! Et je me suis dit, dans le fond, c’est pour ça qu’on fait des enfants. C’est pas pour les leçons, le lavage ou le verre de vin qui t’aide à décompresser de ta vie… non, c’est pour avoir du fun avec eux. C’est pour leur montrer une façon de vivre qui fera en sorte qu’ils seront heureux, autonomes et équilibrés.

Pis quand tu te lèves et que tu leur dis de se dépêcher à manger, se dépêcher à s’habiller, se dépêcher à brosser leurs dents… et que tu reviens le soir en leur demandant de se dépêcher parce que t’as le souper à faire, pis les leçons, pis les bains, pis une ou deux brassées, pis une commission ici et un courriel à envoyer là… Tu leur montres quelle façon de vivre?

Leur montres-tu à jouer, à rire? À glisser sur une butte, tomber, et rire encore? Leur montres-tu à être là? À être heureux?

J’ai rien contre les “mères à boutte – ordinaires – cinglantes – imparfaites” de ce monde qui en aident tant d’autres à se déculpabiliser. Elles ont un rôle important à jouer dans ce monde où tout va trop vite. Ce que j’aime pas par contre, c’est cette impression que la mère d’aujourd’hui doit être brûlée! Elle a besoin de son vindredi pis de sa soirée de filles. Pis de grand-maman qui vient aider. Il faut qu’elle lâche prise qu’on dit…

Ok. Lâche prise sur ce que va penser le voisin, sur tes planchers qui sont pas super propres, sur ton linge pas plié, pis sur le bol de céréales que tu donnes pour souper de temps en temps. Bin correct.

Mais je pense que la mère d’aujourd’hui aurait besoin de jouer plus. D’avoir du fun avec ses enfants. De lâcher le vin un vendredi de temps en temps pour jouer aux cartes, dessiner, construire une cabane avec des couvertures, éteindre les lumières et danser dans le salon avec les personnes qu’elle aimera assurément toute sa vie. Y’en a pas beaucoup du monde de même, que t’aimeras toute ta vie. 😉

Peut-être que toi, ça te fait pas tripper une butte de neige. Mais c’est quoi que t’aimais quand t’étais petite, maman? T’en souviens-tu? Tes enfants, eux, ils le savent-tu?

 

*Ça non plus c’est pas dimanche, c’est il y a deux semaines quand j’ai joué au roi de la montagne avec Rémi. Gros fun!!

Il y avait tellement de choses que j’aimais petite et que j’aime encore! Patiner, jouer aux échecs, lire, jouer à la cachette, danser, chanter, dessiner, écrire des histoires, monter à cheval, jouer avec mon chien, faire du vélo, acheter des bonbons au dépanneur, prendre une marche avec ma sœur, écouter de la musique, glisser, s’arroser dehors l’été, écouter un film couchée par terre, faire des anges dans la neige, enlever les pétales d’un pissenlit voir si mon kick du moment m’aimait aussi… la liste est longue!

Toutes ces petites choses qui font que la vie est douce et meilleure, j’essaie de les transmettre à mes enfants. Et des fois, ce sont eux qui me ramènent en arrière avec un coin-coin fabriqué à l’école ou mes plus jeunes qui jouent à Jean Dit à la garderie.

Au pire, apprends-leur à rien faire, avec toi! Parce que bin non, je suis pas en train de te dire de devenir G.O. et de les animer sous le pseudonyme de Cacahuète que t’avais dans le temps au camp de jour!!

Il y a tant de façons d’avoir 8 ans, encore et toujours. Tant de manières d’avoir du fun avec ceux qu’on a tant désirés. D’ailleurs, l’a-t’on oublié? Qu’on les a désirés?

Parce que si t’as fait ton enfant en te disant que ça ferait des belles photos sur Instagram, je te le dis tout de suite, tes journées vont être loooongues! 😉 Des enfants, c’est imprévisible, spontané, joueur, intelligent et créatif. Quand on entre dans leur monde, le moment présent prend tout son sens. Parle-leur de ce qu’ils aiment, de ce qui les font vibrer. Je te jure que tu vas oublier ta semaine ou le trafic ou je ne sais quoi d’autre qui te donne envie de t’ouvrir une bouteille! Être mère, c’est beau, même quand c’est laid! Tâchons quand même de ne pas oublier les beaux côtés de cette vie qu’on a choisit.

Ça t’empêchera pas d’être ordinaire ou imparfaite. Ça t’empêchera pas de sortir entre filles ou de coucher les enfants plus tôt pour te faire un souper en tête-à-tête avec ton homme. Ça va juste t’aider à retrouver ton cœur d’enfant. Et, peut-être, à te rappeler assez c’est quoi être un enfant pour les comprendre un peu plus.

Avoir du fun avec ton kid, ça fait en sorte que tu l’aimes encore plus… et que tu t’aimes plus comme mère aussi. Garanti. C’est pas une belle façon de déculpabiliser et de lâcher prise ça? 😉

Confidences sur le poids… ou l’art de s’autosaboter!

Le poids, bin oui… comme s’il n’y avait pas assez de gens sur sur les réseaux sociaux avec des photos de perte de poids! Y’en a-tu des recettes miracles pareil hen? J’encourage et félicite tout le monde dans sa démarche vers la santé, mais tsé, on peut-tu être juste heureux avec nous-mêmes aussi? La réponse c’est: bin oui viarge! 😉

Reste que des événements personnels difficiles ont fait en sorte que je suis retombée dans de vieilles habitudes dans la dernière année pis bin… j’ai mangé mes émotions! Il me restait 5 livres à perdre pour retrouver le poids de mon mariage après ma troisième mini… 5 qui sont devenues 8, puis 10, puis 13! Nombre auquel j’ai dit “ça suffit”!

Toute ma vie je me suis autosaboté l’estime avec ça. Croyez-moi, je ne suis pas tendre avec moi-même en plus! Quand ça va pas, j’ai tendance à m’autoengraisser pour me prouver que je ne suis pas à la hauteur. Et je me tape dessus après. “Esti de grosse vache, tu peux bin chialer sur ta bédaine, t’es encore en train de manger grosse torche molle!”

Violent, n’est-ce pas? Beau cadeau de moi à moi hen? Si j’entendais un de mes enfants se parler comme ça, je serais dévastée. C’est de l’auto-destruction pure et dure. Et c’est ce que je m’inflige. Dans les moments difficiles. J’en rajoute une couche tsé! Au lieu d’être douce avec moi-même et d’agir comme ma meilleure amie! Parce qu’on va se le dire, si on s’aime pas soi-même, on est mal parti, pas vrai?

Donc voilà, manger mes émotions, c’est ma bibitte noire, mes habitudes destructrices que j’avais mises derrière depuis l’arrivée de mes enfants. Et oui, de vieilles habitudes ça peut revenir vite quand la vie écorche un peu.

La bonne nouvelle, c’est que de bonnes habitudes aussi ça peut revenir vite. Ça fait des années que je mange santé et que j’ai découvert le bien-être profond qu’on ressent après une bonne activité physique. Le corps est comblé et l’âme est en extase. Cette drogue-là est aussi intense qu’une bouchée de chocolat qui te fond dans la bouche! Donc j’ai reconnecté avec le spinning. Je l’ai laissé me faire mal pour me faire du bien. Je n’avais pas arrêté, mais c’était devenu une corvée. Alors j’ai laissé la tête à la porte et j’ai fait confiance à mon corps. Il était bin content! 😉

J’ai utilisé le mantra que Monsieur mon Mari et moi on aime se balancer en pleine face: retourner à la base. Chaque fois que j’ai envie de me dire des vacheries, j’essaie de les remplacer par des mots doux à mon égard. Chaque fois que j’ai envie d’un biscuit le soir, je me prends une gorgée de café ou un verre d’eau et je me donne 10 minutes pour que ça passe. Ça passe. Toujours.

J’ai aussi fait des changements dans notre routine cette semaine pour y inclure plus de temps pour l’écurie, mon havre de paix. Je l’ai délaissé pas mal mon refuge ces derniers temps. Une autre petite violence que je me suis faite… Comme si ma tête disait: “Rappelle-toi Véro, ça va mal, t’as pas le droit d’être heureuse!” Eh bien non, c’est fini! Je suis heureuse moi dans la vie, même quand ça va moins bien. J’ai le bonheur facile. Je ne baisse jamais les bras.

Puis, surprise! Je passe devant mon miroir ce matin et je me dis: “ça pourrais-tu que??” Tranquillement, sans même m’en rendre compte, le 13 est redevenu un 10 et ce matin un 8! En trois semaines environ! Trois petites semaines!

Et tsé, au fond, ça pas rapport avec le poids. Parce qu’être bien dans son corps, c’est pas un nombre sur une balance. C’est tellement plus que ça! C’est de se choisir. C’est apprécier la vie. C’est d’être reconnaissant pour la santé qu’on a eu la chance d’avoir. C’est de faire de soi-même le plus beau cadeau qu’on aura jamais. La plus belle relation amoureuse qu’on ait jamais eue. Quand tu commences à te voir de même, c’est puissant. Parce que c’est comme si tout devenait possible.

C’est ça que j’avais envie de partager dans ce texte. Peu importe c’est quoi le problème avec tes deux pattes, tu peux y arriver! Pour vrai, es-tu bien dans ton corps? Parce qu’il peut te mener loin! Le laisse-tu te guider un peu? Lui laisse-tu la place qu’il mérite?

Avoue que je t’ai donné le goût de manger du brocoli comme, maintenant! 😉

 

Source de l’image de crème glacée: Pixabay

C’est beau ça, ma fille!

Photo de Véro St-Pierre.

En décembre 2013, après quelques séjours à l’hôpital, nous avons su que mon grand-père avait un cancer. J’étais à ce moment enceinte de mon 2e enfant. J’ai eu peur qu’il ne le voit jamais. Ça m’avait inspiré le texte plus bas. Aujourd’hui, 18 octobre 2018, ça fait deux ans qu’il nous a quittés. Après avoir accepté des traitements de chimio, après avoir bercé mon 2e… puis ma p’tite dernière. Durant ces trois années où il s’est offert un peu de temps, il a partagé certaines de ses sagesses. J’ai eu la chance de me reprendre, de créer un lien spécial avec lui. Nous avons eu de nombreuses conversations, dans lesquelles je le sentais en paix et ça m’apaisait aussi. En fait, c’est à nous, sa famille, qu’il a voulu donner du temps… C’est le plus beau cadeau qu’il m’a fait.

Mon grand-papa aux airs d’acteur Hollywoodien n’était pas très grand, mais il était un grand homme. Tes mots m’accompagnent encore. Je t’entends dire aujourd’hui: “C’est beau ça, ma fille”.

Photo de Véro St-Pierre.

Je n’ai connu qu’un seul de mes grands-pères. C’est déjà plus que bien des gens, je le sais. Mon grand-papa, il a 83 ans. Il n’a pas eu une vie des plus faciles, mais il a quand même su en faire quelque chose de beau. Il est fort mon grand-papa, même si je le bats au tir au poignet depuis l’adolescence! Il a survécu à deux infarctus, il a été greffé d’un rein, a subi une opération délicate à la hanche et y a perdu la vue d’un œil au passage. Dans ces moments difficiles, il a toujours eu un moral d’acier. Dans les dernières années, alors que c’était ma grand-mère qui éprouvait plus d’ennuis, il a pris le relais. C’est lui qui fait l’épicerie et les commissions. C’est lui qui conduit depuis des années, oui, avec un œil en moins. Même les trajets jusque dans le bas du fleuve ne lui font pas peur! C’est plutôt moi qui ai peur, peur de le perdre. Je sais que ça arrivera un jour. Comme il le dit si bien : « il faudra bien mourir de quelque chose ». Ça aussi, ça n’a pas l’air de lui faire peur.

Ce n’est pas l’homme le plus loquace que je connaisse, sauf quand il prend un verre! C’est à ce moment qu’il nous raconte des parties de sa jeunesse et nous parle de sa fierté d’avoir travaillé dans la même compagnie toute sa vie. J’ai souvent pensé qu’il se répétait un peu. Aujourd’hui, j’espère qu’il se répétera encore quelque temps. Et j’écouterai.

Je ne crois pas qu’il m’ait déjà dit « Je t’aime ». Mais il a sa façon à lui de le faire. Quand j’appelle ou que je vais faire un tour, il me dit « C’est beau ça ma fille » et alors je sais. Je sais qu’il est content, je sais qu’il est fier aussi et je sais qu’il m’aime. Ça aussi, c’est beau.

Je m’en veux de ne pas avoir été les voir en octobre comme j’avais promis. Je m’en veux de ne pas trouver la force d’appeler ma grand-mère pour lui montrer mon soutien. J’ai trop peur de pleurer. Elle va pleurer elle aussi. Je le sais. Je ne sais pas encore ce qu’il a mon grand-papa, mais je souhaite seulement avoir encore un peu de temps. Un peu de temps pour trouver du courage, de la force et un peu de temps pour tenir mes promesses. Un peu de temps aussi pour graver ces souvenirs à jamais dans mon cœur.

Merci, mon enfant +… Ou devenir meilleure grâce au TDAH!

T’avais quatre ans je pense quand j’ai commencé à avoir certains doutes. De petits détails qui me chatouillaient par en-dedans. Comme une impression que mon coeur de mère vibrait pour quelque chose que ma tête n’arrivait pas à identifier. Tsé, quand je te montre où ça fait mal quand il se passe quelque chose de pas correct. Le creux en plein milieu de la poitrine… oui, c’est ça que je sentais.

Comme toute bonne mère qui n’a pas pleinement confiance en son instinct, j’en ai parlé un peu autour. Pour être rassurant sans doute, on me disait que: “c’est juste un petit manque de maturité”, “il a besoin de travailler sa motivation”, “c’est un garçon, tsé, c’est pas comme une fille!”, “c’est l’âge, un moment donné il va finir par comprendre”, “parfois, il faut serrer la vis un peu”…

Je m’excuse pour ça. Si je m’étais écoutée davantage, j’aurais été moins dure avec toi. Ou du moins plus juste. J’aurais pas autant crié. J’aurais laissé plus de place à ta petite tempête d’émotions. Pas pour qu’elle tourne en ouragan. Non, pour la calmer. Pour t’aider à trouver des solutions.

J’ai pensé que des limites plus claires, plus tranchantes seraient la solution. J’avais pas pensé que ces mêmes limites pouvaient être implantées avec douceur. Au lieu de calmer ta tempête, je t’ai exposé mon désarroi, mes frustrations, mes incompréhensions et mes déceptions à coup de soupirs, de yeux qui roulent, de cris que j’avais pas prévus et de larmes qui débordent derrière une porte de salle de bain.

Puis t’es venu me dire pour la première fois que tu n’étais pas intelligent, que tu étais poche. Dans tes grands yeux plein de tout sauf de pochitude, j’ai vu ta profonde peine. Toi, mon beau garçon brillant et doux! Toi, pas intelligent? Toi, poche? Un bourdonnement dans mes oreilles. La sensation d’échec. Une lourdeur au coeur que je ne devais pas te laisser voir.

J’ai réalisé qu’on se trouvait dans des sables mouvants. Que t’avais besoin de ma main pour te sortir de là. Tu venais, sans le savoir, de créer le pont qui manquait. Pas entre toi et moi. Entre moi et ton petit plus. Fallait absolument que j’arrive à te montrer la personne fabuleuse que tu es. À partir de ce moment précis, tout a changé.  

J’étais encore loin de me douter de toute la beauté et de tout l’enrichissement que tu apporterais dans notre maison.

La psy nous a dit une phrase que je me souviendrai toujours: “Ce n’est pas à lui de s’ajuster à vous, c’est à vous de vous ajuster à lui.” Moi, qui essayais de te “faire comprendre” des affaires qui me semblaient pourtant évidentes, je comprenais à mon tour que je ne savais pas grand-chose sur le fonctionnement de ton cerveau!

Je me doutais bien que ton petit extra s’appelait TDAH, mais savoir que sa présence était bien réelle a été à la fois une délivrance et un choc. On venait enfin mettre des mots sur l’impuissance que je ressentais depuis quelques années. Mais maintenant, il faut vivre avec, lui faire une vraie place dans notre chez-nous. L’accueillir avec tout ce que ça comporte.

On décrit souvent le TDAH comme une bibitte créative qui grimpe partout! Mais toi, t’es un grand tableau dans lequel on découvre des millions de couleurs selon l’angle qu’on prend. Certaines sont foudroyantes, d’autres illuminent la pièce, d’autres encore sont joyeuses et sautillent sur place, de nombreuses sont l’amalgame d’une intelligence remarquable et puis, il y a l’ensemble, toi, que je ne me tanne pas de voir grandir.

J’aurais dû me douter que notre lien profond m’amènerait vers des parties de moi que je n’avais pas encore explorées. Que notre belle relation me sortirait de ma zone de confort et me ferait grandir, encore. J’aurais dû savoir que dans tes grands yeux bruns se cachait une grande source d’introspection et d’apprentissage.

Je comprends maintenant que je ne peux pas t’envoyer simplement te laver et m’attendre à une collaboration immédiate. Je dois t’avertir à l’avance. Te mettre une limite de temps. Te réexpliquer les étapes. On a testé plusieurs jeux. Monsieur Savon est celui qui fonctionne le mieux ces temps-ci. Dans deux mois, il faudra inventer autre chose.

Je ne peux pas prendre pour acquis que tu remarqueras tes propres efforts. Je dois les souligner. Et les re-souligner. Quitte à les afficher sur les murs. C’est ainsi que tu connaîtras ta valeur.

Derrière tes constructions de Lego qui virevoltent dans ta chambre se cache ton manque de confiance en toi. L’impression que tu ne réussiras pas. Ton intelligence créé des attentes élevées, ton TDAH te chuchote que t’es pas assez bon pour le faire. Je dois souligner tous les moments où ta persévérance a payé. Quitte à les afficher sur les murs.

Impossible de te demander ta collaboration tout de suite après l’école. T’as besoin d’un temps pour toi. Sinon, attention! Ton thermomètre intérieur surchauffe. Ton impulsivité me ramène toujours la mienne en pleine face. Je dois te montrer des outils pour l’identifier. Te montrer qu’être calme, c’est payant. T’as besoin d’un cadre, d’une routine bien établie. Tu performes bien avec ça. Ça te rassure. Ne te décourage pas, il viendra un temps où tu le créeras toi-même, ton cadre! Je t’afficherai ça aussi, si tu veux!

Il a fallu changer notre discours, aussi. Être encore plus positifs pour transformer tes sources d’anxiété en opportunités. Un suppléant? Une paire de souliers oubliée à l’école? Un nouveau sport dans lequel tu t’es inscrit? Adieu l’inquiétude mon grand, je sais que tu es capable! Go, un beau défi pour toi! C’est pas facile de te lancer dans quelque chose de déstabilisant. Parfois, j’aimerais tellement rester à tes côtés pour t’aider! Mais le faire pour toi ne serait pas te rendre service. Et je vois à quel point tu bâtis tranquillement ta propre estime. Un petit pas à la fois.

Moi et ton plus, on apprend encore à se connaître. Aujourd’hui par contre, c’est un gros MERCI que je te dis. Merci, mon garçon, de m’avoir amenée à me questionner, à comprendre. Ton petit plus est en train de faire de moi une meilleure personne. Parce que t’as besoin d’un exemple solide et fier. D’une personne qui a confiance en elle. De quelqu’un qui se respecte et qui connaît sa valeur. T’as besoin d’un exemple qui n’a pas peur d’emprunter de nouveaux chemins. T’as besoin d’une mère qui apprend de ses erreurs.

T’as mis un miroir devant mon visage et je n’ai pas eu le choix d’admettre que nous avions semé pas mal de choses en tant que parents. Beaucoup de belles, certes. Et d’autres qu’on pouvait améliorer. Grâce à ton TDAH, ton opposition, ton impulsivité, ton anxiété, ta douance et ta rigidité, je suis devenue une personne plus patiente, plus compréhensive, plus douce. J’apprends encore. Je travaille encore sur moi-même et je ne cesserai jamais.

Et je te fais la promesse de parler de ton petit ingrédient secret à qui veut l’entendre. Parce qu’un TDAH, c’est beau, aussi! Avec toi, on a l’heure juste, tout le temps. J’aime ta répartie, j’aime tes éclats de rire si sincères, j’aime ta curiosité et j’aime découvrir à quel point aucun petit détail dans ton entourage ne t’échappe. Tu me fais voir le monde autrement et je pense que nous avons beaucoup à apprendre d’un enfant comme toi. Moi, j’ai jamais été capable de créer une maison comme ça… surtout pas à temps perdu à l’école!

J’ai beaucoup d’admiration pour ta volonté. Pour ton désir de réussir, de devenir meilleur, même quand je vois que ça bouille en dedans. Quand je prends ton beau visage entre mes mains, que je regarde tes yeux intelligents et que je te dis que tu as le potentiel de faire ce que tu veux dans la vie, de ne jamais laisser rien ni personne t’arrêter, crois-moi! Parce que c’est vrai. Fonce mon coeur! Je sais que tu y arriveras!

Tsé, à la seconde où t’es né, j’ai eu un coup de foudre pour toi. Instantanément, un lien fort s’est créé. Aujourd’hui, tu me fais comprendre plus que jamais que les plus beaux chemins sont rarement les lignes droites. Il faut savoir s’arrêter dans les détours parfois. C’est souvent là qu’on trouve les meilleurs endroits. Pis ceux qui nous regarderont de haut, je les emmerde! Je te suivrai où tu voudras, armée de mon cadre et d’une grosse dose d’amour. Allez, viens, on y va!

La fois où j’ai déterré mes racines croches… Ou briser le silence sur la violence familiale

Octobre 2017. Je suis attendue chez mes parents pour souligner mon anniversaire. J’aurai 34 ans dans quelques jours. Ça tourbillonne dans mon estomac. J’ai le vertige. Je suis stressée, comme toujours. Je n’ai pas envie d’y aller. Comme pour toutes les occasions, je me demande comment ça se passera. Est-ce que j’aurai une boule dans la gorge en soufflant mes bougies cette année? Aurai-je droit à des insultes ou à des regards remplis de méchanceté?

Je suis bien décidée à ne plus baisser les yeux, mais en aurai-je le courage si ça arrive? Pourquoi au juste que je tolère tout ça? Quand est-ce que ça va s’arrêter? Combien d’années encore devrai-je l’endurer? Est-ce l’exemple que je veux donner à mes enfants?

Il y a un moment que j’ai laissé ma plume s’exprimer. Parfois, le silence parle plus que les mots. Parfois, aussi, c’est difficile de trouver le bon angle pour aborder les sujets tabous sans être négatif ou sans laver son linge sale en public.

En même temps, l’omerta, j’en peux plus. Le silence protège rarement ceux qui ont besoin d’aide. Je me suis tue pendant 34 ans. Ou plutôt, j’ai tourné les coins ronds sur la vérité. Pendant 34 ans, j’ai baissé la tête sur la violence conjugale et familiale dans lesquelles j’ai grandi.

J’ai continué de la subir à plus petites doses par la suite. J’ai même de beaux souvenirs à travers les instants de folie. Ceux-là qui font en sorte qu’on se convainc que ça peut encore changer.

Jusqu’à cet instant où j’ai soufflé mes bougies de 2017. J’ai revu la petite fille de 12 ans dans ma tête. Celle qui avait trop pleuré. Celle qui avait élaboré un plan vers sa mort. Celle qui avait arrêté de manger un moment. Celle qui, je ne sais plus pourquoi ni comment, a plutôt choisi de se battre. Assise sur son lit entouré de murs lilas et de papier peint de lapins blancs, la petite Véro s’est promise de réussir. De quitter la maison à ses 18 ans, d’aller à l’université, de bien gagner sa vie, de fonder une famille heureuse et de montrer à tout le monde que personne n’arriverait jamais à la détruire complètement.

Je me suis revue à 12 ans et je me suis rendue compte à quel point je ne faisais pas honneur à la petite guerrière que j’étais alors. J’étais bien devenue une adulte. Indépendante et éduquée. Une épouse comblée, une mère dévouée. Mais je ne m’étais pas encore choisie. Malgré tout le travail sur moi-même, je ne m’aimais pas encore suffisamment pour ne plus tolérer la violence, la manipulation, les crises de colère, le manque de respect. J’étais encore coincée dans cette cage invisible que j’avais tant voulu détruire. J’étais prise, aussi, dans l’image d’une relation à peu près normale que j’avais moi-même contribué à créer. Ça ne pouvait pas être si pire que cela si j’avais réussi à devenir une femme équilibrée!? Et pourtant…

Je réalise aujourd’hui que j’avais besoin de me sentir comme tout le monde. J’avais besoin de faire comme si tout était correct. Je ne voulais pas voir la pitié dans le regard des autres, je voulais qu’on me voit comme je suis, ni plus, ni moins. Je ne me rendais pas compte que je protégeais en fait ce qui me faisait le plus de tort, ce qui m’empêchait de vivre pleinement.

Retourner dans un passé qui a laissé autant de cicatrices est difficile. Pénible même. J’avais réussi à être heureuse, à avoir une vie saine. J’étais un bel arbre droit pour mon entourage… même si mes racines avaient poussé tout croche. Je me rendais enfin à l’évidence. Je connaissais la réponse depuis longtemps, mais je la repoussais.

La seule façon de mettre fin à la manipulation, à une relation toxique et à la violence, c’est de l’éliminer de sa vie. De couper les liens. C’est encouragé de quitter sa conjointe ou son conjoint dans de telles situations. Tout le monde s’entend pour dire que personne ne doit tolérer ça… même si ça reste tabou et que trop de gens se disent encore que “ce n’est pas de nos affaires”.

C’est beaucoup plus compliqué et très mal vu de le faire quand c’est notre enfant ou notre parent. Le seul amour inconditionnel qui existe est brisé. Ça semble facile à faire quand on est à l’extérieur. Je n’étais pas tout à fait prête pour les deuils que ça comportait, celui d’une famille aimante et unie, celui d’une relation saine entre un parent et son enfant, celui de vieillir tous ensemble et tellement d’autres encore! Mais ce n’est pas moi qui ai créé ça.

Tranquillement, toi et moi, ça a perdu son sens. Comment continuer avec ces yeux pétillants qui observent? Quelles mauvaises herbes suis-je en train de planter dans leur beau jardin? Quelle version je suis quand tu es là?

J’ai enfin compris que tu as le pouvoir que je t’ai laissé prendre. Qu’il n’en tenait qu’à moi et à personne d’autre de changer les choses. Que je suis maintenant assez solide et que tu n’arriveras jamais à m’abattre. Que je ne baisserai plus les yeux. Que mon chemin est fait de boue, mais que j’aie les ingrédients pour en faire du ciment. J’ai enfin compris. Je n’ai plus peur.

Croyez-moi, j’aurais tellement préféré avoir une belle relation! J’aurais aimé avoir hâte de rentrer à la maison. J’aurais voulu partager mes joies et mes peines dans la confiance et l’amour. J’aurais tellement préféré me sentir en sécurité auprès de cette personne! J’aurais aimé ne jamais ressentir cette peur. J’aurais aimé qu’on ne place pas ces images noires dans ma tête.

Alors voilà. Il y a quelques semaines, le 9 mai très exactement, j’ai choisi la petite fille de 12 ans avec du courage plein les bras. J’ai choisi la femme que je suis, avec ses racines croches et son goût de vivre. J’ai choisi le couple qui a fait de moi une épouse comblée et une femme plus confiante. Finalement, j’ai choisi d’agencer mes paroles à mes actes et de montrer l’exemple d’une mère qui dit non à ce qui ne devrait pas exister. Une mère qui se respecte assez pour ne pas se laisser détruire. Une mère qui ne veut pas voir ses enfants souffrir comme elle a souffert. J’ai choisi d’offrir plus que ce que j’ai reçu.

J’ai décidé de couper les ponts avec mon père.

Pour moi. Pour ma famille. Pour mes enfants. Pour être moi-même en tout temps. Pour mettre fin au silence. Pour, peut-être, en aider d’autres à y voir plus clair.

Ça n’a pas été facile. Ça ne l’est toujours pas. Les crises de panique, le harcèlement, les menaces, la manipulation essaient encore de faire leur chemin jusqu’à moi. Mais j’y arriverai.

Je sais que plusieurs ne comprennent pas ma décision. D’autres se demandent pourquoi ça m’a pris autant de temps. Nombreux sont ceux qui ne veulent même pas en entendre parler. Quelques-uns sont vraiment là. Je suis choyée de les avoir.

Finalement, plus je brise le silence, plus que je me rends compte que des racines croches, y’en a beaucoup. Trop. Arrêtons de se taire. Laissons nos branches pousser et nos couleurs s’éclater. On ne choisit pas toujours ce qui nous arrive, mais nous choisissons toujours comment nous réagissons.

  • Si vous vivez de la violence, parlez à quelqu’un en qui vous avez confiance. Si cette personne ne comprend pas, parlez-en à une autre, jusqu’à ce que vous trouviez un coeur prêt à vous entendre.
  • Faites confiance en cette petite voix qui vous dit que ce n’est pas correct.
  • Consultez les organismes pour les victimes de violence.
  • Si vous êtes près de quelqu’un pris dans une relation toxique, écoutez. Ne jugez pas. Tendez la main. Personne ne coupe les ponts avec un proche sans raison.
  • Signalez les abus dont vous êtes témoins. Si vous vous sentez en danger, appelez la police.
  • Consultez un professionnel pour vous aider à comprendre ce que vous vivez ou avez vécu.

Donnez-vous le droit de vous aimer assez pour dire non. Pour partir. Pour choisir la vie. Pour vous choisir. Pour être heureux.