C’est beau ça, ma fille!

Photo de Véro St-Pierre.

En décembre 2013, après quelques séjours à l’hôpital, nous avons su que mon grand-père avait un cancer. J’étais à ce moment enceinte de mon 2e enfant. J’ai eu peur qu’il ne le voit jamais. Ça m’avait inspiré le texte plus bas. Aujourd’hui, 18 octobre 2018, ça fait deux ans qu’il nous a quittés. Après avoir accepté des traitements de chimio, après avoir bercé mon 2e… puis ma p’tite dernière. Durant ces trois années où il s’est offert un peu de temps, il a partagé certaines de ses sagesses. J’ai eu la chance de me reprendre, de créer un lien spécial avec lui. Nous avons eu de nombreuses conversations, dans lesquelles je le sentais en paix et ça m’apaisait aussi. En fait, c’est à nous, sa famille, qu’il a voulu donner du temps… C’est le plus beau cadeau qu’il m’a fait.

Mon grand-papa aux airs d’acteur Hollywoodien n’était pas très grand, mais il était un grand homme. Tes mots m’accompagnent encore. Je t’entends dire aujourd’hui: “C’est beau ça, ma fille”.

Photo de Véro St-Pierre.

Je n’ai connu qu’un seul de mes grands-pères. C’est déjà plus que bien des gens, je le sais. Mon grand-papa, il a 83 ans. Il n’a pas eu une vie des plus faciles, mais il a quand même su en faire quelque chose de beau. Il est fort mon grand-papa, même si je le bats au tir au poignet depuis l’adolescence! Il a survécu à deux infarctus, il a été greffé d’un rein, a subi une opération délicate à la hanche et y a perdu la vue d’un œil au passage. Dans ces moments difficiles, il a toujours eu un moral d’acier. Dans les dernières années, alors que c’était ma grand-mère qui éprouvait plus d’ennuis, il a pris le relais. C’est lui qui fait l’épicerie et les commissions. C’est lui qui conduit depuis des années, oui, avec un œil en moins. Même les trajets jusque dans le bas du fleuve ne lui font pas peur! C’est plutôt moi qui ai peur, peur de le perdre. Je sais que ça arrivera un jour. Comme il le dit si bien : « il faudra bien mourir de quelque chose ». Ça aussi, ça n’a pas l’air de lui faire peur.

Ce n’est pas l’homme le plus loquace que je connaisse, sauf quand il prend un verre! C’est à ce moment qu’il nous raconte des parties de sa jeunesse et nous parle de sa fierté d’avoir travaillé dans la même compagnie toute sa vie. J’ai souvent pensé qu’il se répétait un peu. Aujourd’hui, j’espère qu’il se répétera encore quelque temps. Et j’écouterai.

Je ne crois pas qu’il m’ait déjà dit « Je t’aime ». Mais il a sa façon à lui de le faire. Quand j’appelle ou que je vais faire un tour, il me dit « C’est beau ça ma fille » et alors je sais. Je sais qu’il est content, je sais qu’il est fier aussi et je sais qu’il m’aime. Ça aussi, c’est beau.

Je m’en veux de ne pas avoir été les voir en octobre comme j’avais promis. Je m’en veux de ne pas trouver la force d’appeler ma grand-mère pour lui montrer mon soutien. J’ai trop peur de pleurer. Elle va pleurer elle aussi. Je le sais. Je ne sais pas encore ce qu’il a mon grand-papa, mais je souhaite seulement avoir encore un peu de temps. Un peu de temps pour trouver du courage, de la force et un peu de temps pour tenir mes promesses. Un peu de temps aussi pour graver ces souvenirs à jamais dans mon cœur.

Merci, mon enfant +… Ou devenir meilleure grâce au TDAH!

T’avais quatre ans je pense quand j’ai commencé à avoir certains doutes. De petits détails qui me chatouillaient par en-dedans. Comme une impression que mon coeur de mère vibrait pour quelque chose que ma tête n’arrivait pas à identifier. Tsé, quand je te montre où ça fait mal quand il se passe quelque chose de pas correct. Le creux en plein milieu de la poitrine… oui, c’est ça que je sentais.

Comme toute bonne mère qui n’a pas pleinement confiance en son instinct, j’en ai parlé un peu autour. Pour être rassurant sans doute, on me disait que: “c’est juste un petit manque de maturité”, “il a besoin de travailler sa motivation”, “c’est un garçon, tsé, c’est pas comme une fille!”, “c’est l’âge, un moment donné il va finir par comprendre”, “parfois, il faut serrer la vis un peu”…

Je m’excuse pour ça. Si je m’étais écoutée davantage, j’aurais été moins dure avec toi. Ou du moins plus juste. J’aurais pas autant crié. J’aurais laissé plus de place à ta petite tempête d’émotions. Pas pour qu’elle tourne en ouragan. Non, pour la calmer. Pour t’aider à trouver des solutions.

J’ai pensé que des limites plus claires, plus tranchantes seraient la solution. J’avais pas pensé que ces mêmes limites pouvaient être implantées avec douceur. Au lieu de calmer ta tempête, je t’ai exposé mon désarroi, mes frustrations, mes incompréhensions et mes déceptions à coup de soupirs, de yeux qui roulent, de cris que j’avais pas prévus et de larmes qui débordent derrière une porte de salle de bain.

Puis t’es venu me dire pour la première fois que tu n’étais pas intelligent, que tu étais poche. Dans tes grands yeux plein de tout sauf de pochitude, j’ai vu ta profonde peine. Toi, mon beau garçon brillant et doux! Toi, pas intelligent? Toi, poche? Un bourdonnement dans mes oreilles. La sensation d’échec. Une lourdeur au coeur que je ne devais pas te laisser voir.

J’ai réalisé qu’on se trouvait dans des sables mouvants. Que t’avais besoin de ma main pour te sortir de là. Tu venais, sans le savoir, de créer le pont qui manquait. Pas entre toi et moi. Entre moi et ton petit plus. Fallait absolument que j’arrive à te montrer la personne fabuleuse que tu es. À partir de ce moment précis, tout a changé.  

J’étais encore loin de me douter de toute la beauté et de tout l’enrichissement que tu apporterais dans notre maison.

La psy nous a dit une phrase que je me souviendrai toujours: “Ce n’est pas à lui de s’ajuster à vous, c’est à vous de vous ajuster à lui.” Moi, qui essayais de te “faire comprendre” des affaires qui me semblaient pourtant évidentes, je comprenais à mon tour que je ne savais pas grand-chose sur le fonctionnement de ton cerveau!

Je me doutais bien que ton petit extra s’appelait TDAH, mais savoir que sa présence était bien réelle a été à la fois une délivrance et un choc. On venait enfin mettre des mots sur l’impuissance que je ressentais depuis quelques années. Mais maintenant, il faut vivre avec, lui faire une vraie place dans notre chez-nous. L’accueillir avec tout ce que ça comporte.

On décrit souvent le TDAH comme une bibitte créative qui grimpe partout! Mais toi, t’es un grand tableau dans lequel on découvre des millions de couleurs selon l’angle qu’on prend. Certaines sont foudroyantes, d’autres illuminent la pièce, d’autres encore sont joyeuses et sautillent sur place, de nombreuses sont l’amalgame d’une intelligence remarquable et puis, il y a l’ensemble, toi, que je ne me tanne pas de voir grandir.

J’aurais dû me douter que notre lien profond m’amènerait vers des parties de moi que je n’avais pas encore explorées. Que notre belle relation me sortirait de ma zone de confort et me ferait grandir, encore. J’aurais dû savoir que dans tes grands yeux bruns se cachait une grande source d’introspection et d’apprentissage.

Je comprends maintenant que je ne peux pas t’envoyer simplement te laver et m’attendre à une collaboration immédiate. Je dois t’avertir à l’avance. Te mettre une limite de temps. Te réexpliquer les étapes. On a testé plusieurs jeux. Monsieur Savon est celui qui fonctionne le mieux ces temps-ci. Dans deux mois, il faudra inventer autre chose.

Je ne peux pas prendre pour acquis que tu remarqueras tes propres efforts. Je dois les souligner. Et les re-souligner. Quitte à les afficher sur les murs. C’est ainsi que tu connaîtras ta valeur.

Derrière tes constructions de Lego qui virevoltent dans ta chambre se cache ton manque de confiance en toi. L’impression que tu ne réussiras pas. Ton intelligence créé des attentes élevées, ton TDAH te chuchote que t’es pas assez bon pour le faire. Je dois souligner tous les moments où ta persévérance a payé. Quitte à les afficher sur les murs.

Impossible de te demander ta collaboration tout de suite après l’école. T’as besoin d’un temps pour toi. Sinon, attention! Ton thermomètre intérieur surchauffe. Ton impulsivité me ramène toujours la mienne en pleine face. Je dois te montrer des outils pour l’identifier. Te montrer qu’être calme, c’est payant. T’as besoin d’un cadre, d’une routine bien établie. Tu performes bien avec ça. Ça te rassure. Ne te décourage pas, il viendra un temps où tu le créeras toi-même, ton cadre! Je t’afficherai ça aussi, si tu veux!

Il a fallu changer notre discours, aussi. Être encore plus positifs pour transformer tes sources d’anxiété en opportunités. Un suppléant? Une paire de souliers oubliée à l’école? Un nouveau sport dans lequel tu t’es inscrit? Adieu l’inquiétude mon grand, je sais que tu es capable! Go, un beau défi pour toi! C’est pas facile de te lancer dans quelque chose de déstabilisant. Parfois, j’aimerais tellement rester à tes côtés pour t’aider! Mais le faire pour toi ne serait pas te rendre service. Et je vois à quel point tu bâtis tranquillement ta propre estime. Un petit pas à la fois.

Moi et ton plus, on apprend encore à se connaître. Aujourd’hui par contre, c’est un gros MERCI que je te dis. Merci, mon garçon, de m’avoir amenée à me questionner, à comprendre. Ton petit plus est en train de faire de moi une meilleure personne. Parce que t’as besoin d’un exemple solide et fier. D’une personne qui a confiance en elle. De quelqu’un qui se respecte et qui connaît sa valeur. T’as besoin d’un exemple qui n’a pas peur d’emprunter de nouveaux chemins. T’as besoin d’une mère qui apprend de ses erreurs.

T’as mis un miroir devant mon visage et je n’ai pas eu le choix d’admettre que nous avions semé pas mal de choses en tant que parents. Beaucoup de belles, certes. Et d’autres qu’on pouvait améliorer. Grâce à ton TDAH, ton opposition, ton impulsivité, ton anxiété, ta douance et ta rigidité, je suis devenue une personne plus patiente, plus compréhensive, plus douce. J’apprends encore. Je travaille encore sur moi-même et je ne cesserai jamais.

Et je te fais la promesse de parler de ton petit ingrédient secret à qui veut l’entendre. Parce qu’un TDAH, c’est beau, aussi! Avec toi, on a l’heure juste, tout le temps. J’aime ta répartie, j’aime tes éclats de rire si sincères, j’aime ta curiosité et j’aime découvrir à quel point aucun petit détail dans ton entourage ne t’échappe. Tu me fais voir le monde autrement et je pense que nous avons beaucoup à apprendre d’un enfant comme toi. Moi, j’ai jamais été capable de créer une maison comme ça… surtout pas à temps perdu à l’école!

J’ai beaucoup d’admiration pour ta volonté. Pour ton désir de réussir, de devenir meilleur, même quand je vois que ça bouille en dedans. Quand je prends ton beau visage entre mes mains, que je regarde tes yeux intelligents et que je te dis que tu as le potentiel de faire ce que tu veux dans la vie, de ne jamais laisser rien ni personne t’arrêter, crois-moi! Parce que c’est vrai. Fonce mon coeur! Je sais que tu y arriveras!

Tsé, à la seconde où t’es né, j’ai eu un coup de foudre pour toi. Instantanément, un lien fort s’est créé. Aujourd’hui, tu me fais comprendre plus que jamais que les plus beaux chemins sont rarement les lignes droites. Il faut savoir s’arrêter dans les détours parfois. C’est souvent là qu’on trouve les meilleurs endroits. Pis ceux qui nous regarderont de haut, je les emmerde! Je te suivrai où tu voudras, armée de mon cadre et d’une grosse dose d’amour. Allez, viens, on y va!

La fois où j’ai déterré mes racines croches… Ou briser le silence sur la violence familiale

Octobre 2017. Je suis attendue chez mes parents pour souligner mon anniversaire. J’aurai 34 ans dans quelques jours. Ça tourbillonne dans mon estomac. J’ai le vertige. Je suis stressée, comme toujours. Je n’ai pas envie d’y aller. Comme pour toutes les occasions, je me demande comment ça se passera. Est-ce que j’aurai une boule dans la gorge en soufflant mes bougies cette année? Aurai-je droit à des insultes ou à des regards remplis de méchanceté?

Je suis bien décidée à ne plus baisser les yeux, mais en aurai-je le courage si ça arrive? Pourquoi au juste que je tolère tout ça? Quand est-ce que ça va s’arrêter? Combien d’années encore devrai-je l’endurer? Est-ce l’exemple que je veux donner à mes enfants?

Il y a un moment que j’ai laissé ma plume s’exprimer. Parfois, le silence parle plus que les mots. Parfois, aussi, c’est difficile de trouver le bon angle pour aborder les sujets tabous sans être négatif ou sans laver son linge sale en public.

En même temps, l’omerta, j’en peux plus. Le silence protège rarement ceux qui ont besoin d’aide. Je me suis tue pendant 34 ans. Ou plutôt, j’ai tourné les coins ronds sur la vérité. Pendant 34 ans, j’ai baissé la tête sur la violence conjugale et familiale dans lesquelles j’ai grandi.

J’ai continué de la subir à plus petites doses par la suite. J’ai même de beaux souvenirs à travers les instants de folie. Ceux-là qui font en sorte qu’on se convainc que ça peut encore changer.

Jusqu’à cet instant où j’ai soufflé mes bougies de 2017. J’ai revu la petite fille de 12 ans dans ma tête. Celle qui avait trop pleuré. Celle qui avait élaboré un plan vers sa mort. Celle qui avait arrêté de manger un moment. Celle qui, je ne sais plus pourquoi ni comment, a plutôt choisi de se battre. Assise sur son lit entouré de murs lilas et de papier peint de lapins blancs, la petite Véro s’est promise de réussir. De quitter la maison à ses 18 ans, d’aller à l’université, de bien gagner sa vie, de fonder une famille heureuse et de montrer à tout le monde que personne n’arriverait jamais à la détruire complètement.

Je me suis revue à 12 ans et je me suis rendue compte à quel point je ne faisais pas honneur à la petite guerrière que j’étais alors. J’étais bien devenue une adulte. Indépendante et éduquée. Une épouse comblée, une mère dévouée. Mais je ne m’étais pas encore choisie. Malgré tout le travail sur moi-même, je ne m’aimais pas encore suffisamment pour ne plus tolérer la violence, la manipulation, les crises de colère, le manque de respect. J’étais encore coincée dans cette cage invisible que j’avais tant voulu détruire. J’étais prise, aussi, dans l’image d’une relation à peu près normale que j’avais moi-même contribué à créer. Ça ne pouvait pas être si pire que cela si j’avais réussi à devenir une femme équilibrée!? Et pourtant…

Je réalise aujourd’hui que j’avais besoin de me sentir comme tout le monde. J’avais besoin de faire comme si tout était correct. Je ne voulais pas voir la pitié dans le regard des autres, je voulais qu’on me voit comme je suis, ni plus, ni moins. Je ne me rendais pas compte que je protégeais en fait ce qui me faisait le plus de tort, ce qui m’empêchait de vivre pleinement.

Retourner dans un passé qui a laissé autant de cicatrices est difficile. Pénible même. J’avais réussi à être heureuse, à avoir une vie saine. J’étais un bel arbre droit pour mon entourage… même si mes racines avaient poussé tout croche. Je me rendais enfin à l’évidence. Je connaissais la réponse depuis longtemps, mais je la repoussais.

La seule façon de mettre fin à la manipulation, à une relation toxique et à la violence, c’est de l’éliminer de sa vie. De couper les liens. C’est encouragé de quitter sa conjointe ou son conjoint dans de telles situations. Tout le monde s’entend pour dire que personne ne doit tolérer ça… même si ça reste tabou et que trop de gens se disent encore que “ce n’est pas de nos affaires”.

C’est beaucoup plus compliqué et très mal vu de le faire quand c’est notre enfant ou notre parent. Le seul amour inconditionnel qui existe est brisé. Ça semble facile à faire quand on est à l’extérieur. Je n’étais pas tout à fait prête pour les deuils que ça comportait, celui d’une famille aimante et unie, celui d’une relation saine entre un parent et son enfant, celui de vieillir tous ensemble et tellement d’autres encore! Mais ce n’est pas moi qui ai créé ça.

Tranquillement, toi et moi, ça a perdu son sens. Comment continuer avec ces yeux pétillants qui observent? Quelles mauvaises herbes suis-je en train de planter dans leur beau jardin? Quelle version je suis quand tu es là?

J’ai enfin compris que tu as le pouvoir que je t’ai laissé prendre. Qu’il n’en tenait qu’à moi et à personne d’autre de changer les choses. Que je suis maintenant assez solide et que tu n’arriveras jamais à m’abattre. Que je ne baisserai plus les yeux. Que mon chemin est fait de boue, mais que j’aie les ingrédients pour en faire du ciment. J’ai enfin compris. Je n’ai plus peur.

Croyez-moi, j’aurais tellement préféré avoir une belle relation! J’aurais aimé avoir hâte de rentrer à la maison. J’aurais voulu partager mes joies et mes peines dans la confiance et l’amour. J’aurais tellement préféré me sentir en sécurité auprès de cette personne! J’aurais aimé ne jamais ressentir cette peur. J’aurais aimé qu’on ne place pas ces images noires dans ma tête.

Alors voilà. Il y a quelques semaines, le 9 mai très exactement, j’ai choisi la petite fille de 12 ans avec du courage plein les bras. J’ai choisi la femme que je suis, avec ses racines croches et son goût de vivre. J’ai choisi le couple qui a fait de moi une épouse comblée et une femme plus confiante. Finalement, j’ai choisi d’agencer mes paroles à mes actes et de montrer l’exemple d’une mère qui dit non à ce qui ne devrait pas exister. Une mère qui se respecte assez pour ne pas se laisser détruire. Une mère qui ne veut pas voir ses enfants souffrir comme elle a souffert. J’ai choisi d’offrir plus que ce que j’ai reçu.

J’ai décidé de couper les ponts avec mon père.

Pour moi. Pour ma famille. Pour mes enfants. Pour être moi-même en tout temps. Pour mettre fin au silence. Pour, peut-être, en aider d’autres à y voir plus clair.

Ça n’a pas été facile. Ça ne l’est toujours pas. Les crises de panique, le harcèlement, les menaces, la manipulation essaient encore de faire leur chemin jusqu’à moi. Mais j’y arriverai.

Je sais que plusieurs ne comprennent pas ma décision. D’autres se demandent pourquoi ça m’a pris autant de temps. Nombreux sont ceux qui ne veulent même pas en entendre parler. Quelques-uns sont vraiment là. Je suis choyée de les avoir.

Finalement, plus je brise le silence, plus que je me rends compte que des racines croches, y’en a beaucoup. Trop. Arrêtons de se taire. Laissons nos branches pousser et nos couleurs s’éclater. On ne choisit pas toujours ce qui nous arrive, mais nous choisissons toujours comment nous réagissons.

  • Si vous vivez de la violence, parlez à quelqu’un en qui vous avez confiance. Si cette personne ne comprend pas, parlez-en à une autre, jusqu’à ce que vous trouviez un coeur prêt à vous entendre.
  • Faites confiance en cette petite voix qui vous dit que ce n’est pas correct.
  • Consultez les organismes pour les victimes de violence.
  • Si vous êtes près de quelqu’un pris dans une relation toxique, écoutez. Ne jugez pas. Tendez la main. Personne ne coupe les ponts avec un proche sans raison.
  • Signalez les abus dont vous êtes témoins. Si vous vous sentez en danger, appelez la police.
  • Consultez un professionnel pour vous aider à comprendre ce que vous vivez ou avez vécu.

Donnez-vous le droit de vous aimer assez pour dire non. Pour partir. Pour choisir la vie. Pour vous choisir. Pour être heureux.

C’est quand la dernière fois que t’as entraîné… ton âme?

 

On vit dans un monde d’apparences. Bien manger et s’entraîner, c’est in! No excuse comme je vois souvent! Peu importe ton âge, ta situation amoureuse ou familiale, peu importe d’où tu pars, tout est possible pour obtenir ton corps de rêve! À coups de shakes verts et de squats, tu accompliras tous tes désirs! Comprends-moi bien, je suis pas là pour te dire que c’est pas correct. Je suis là pour faire un p’tit jeu. Je m’en vais te poser des questions. Des questions que je m’envoie à moi-même aussi. T’es pas obligé de répondre. Tu peux dire passe autant que tu veux. Mais j’espère quand même que tu prendras le temps d’y répondre plus tard, quand tu y auras pensé… ou au contraire, quand tu n’y penseras pas trop!

À go, on part! Prêt? Go!

Fait que ton âme, elle? Ouais, ça part fort!

C’est quand la dernière fois que tu l’as nourrie, ton âme? Ou plutôt, de quoi la nourris-tu? De quelles pensées la laisses-tu se construire? Lui donnes-tu des shakes plein de vitamines à elle aussi des fois? Ou tu la laisses se nourrir de chips et de McDo tous les jours?

L’as-tu laissée sortir de ses bottines dernièrement? L’as-tu laissée explorer de nouvelles idées? Elles ont l’air de quoi tes idées, tes valeurs? Les connais-tu? Te conviennent-elles encore? Sur quoi tu te concentres pour te faire une idée du monde? Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein? Laisses-tu des gens décider de ce que tu dois faire, dire et penser? Attends… laisse-moi te reposer celle-là autrement: par qui te laisses-tu influencer et guider?

Je sais, je te bombarde. Inquiète-toi pas, tu pourras rapporter le questionnaire après si tu veux! 😉 Tu vas y arriver! Attache-toi, on continue!

Lui as-tu montré de nouvelles expériences à ton âme? C’est quand la dernière fois que t’as fait quelque chose pour la première fois? Je te parle pas d’un programme d’entraînement ou d’une recette végane là. Je te parle d’un rêve que t’avais enfant. De sauter en parachute. De te garocher dans quelque chose de complètement inconnu, juste pour voir. Je te parle d’apprendre une nouvelle langue. Ou de te faire un nouvel ami. Ou de t’inscrire à un cours. Ou de partir ta business. Ou juste de payer un café à quelqu’un que tu connais pas (je l’ai fait cette semaine, wow! Sourire instantané!). N’importe quoi qui te ferait sentir vivant, qui nourrirait ton âme, qui te rendrait vraiment fier. Quelque chose qui te donnerait envie de lever tes deux bras à la Rocky Balboa! Une entière satisfaction. Sais-tu ce serait quoi pour toi?

L’as-tu écoutée un peu ton âme? Comment elle va? De quelle couleur est-elle? Est-ce qu’elle brille? Elle sourit ou elle a les yeux tristes? Quelle genre de lunettes elle porte? Serait-elle due pour un ajustement? Qu’est-ce qui la fait rire? Quand est-ce que tu la sens bien, détendue, paisible? Est-ce que tu l’entends seulement?

Par quoi tu te définis le plus? Qu’est-ce qui fait que t’es c’que t’es? T’es-tu déjà posé la question?

Je suis sérieuse! Pour vrai de vrai là!

C’est quoi tes passions, tes rêves? Ton âme, quand tu lui donnes un peu de silence, quelles images te renvoit-elle? Est-ce que ce sont les mêmes qui font partie de ton quotidien? Si tu rencontrais l’enfant que t’étais à 8-10 ans, qu’est-ce qu’il te dirait? Serait-il fier de toi? Qu’est-ce que tu attends pour le rendre fier? No excuse, pas vrai?

Tiens bon, on y est presque!

As-tu la même douceur, le même amour pour ton âme que pour ton corps? Accordes-tu autant d’importance à ce qu’on voit pas? C’est quand la dernière fois que t’as entraîné ton âme?

Tu viens de le faire. Un peu. Peut-être que ça pas fait trop mal. Peut-être que tu me trouves bizarre. Oui, je sais. C’est pas le plus drôle des jeux. Pas le plus sexy non plus, hen? Mais il est essentiel.

Je l’ai appris à mes dépens. Parce que ton âme, c’est ce que tu auras de plus solide pour affronter les moments plus difficiles de la vie. C’est aussi ce que t’auras de plus précieux pour célébrer tout ce qu’il y a de beau dans ce monde. C’est grâce à ton âme que tout est possible! C’est elle qui te guidera vers le bonheur et l’amour. Ton âme et ton coeur, c’est le duo parfait! Laisse-les t’amener vers ton corps et là t’auras le trio le plus redoutable de la LNH!! Le Canadien pourra aller jouer au golf autant qu’il voudra après ça! 😉

Médite, lis, repose-toi dans le silence. Questionne-toi. Remets tes décisions en doute. Surprends-toi. Donne-toi des défis. Prie si tu le souhaites.

Ton âme, c’est ce qu’il y a au plus profond de toi-même. C’est ce que personne ne voit, même pas toi souvent. Ce sont les racines qui nourrissent tout le reste. Parce que c’est pas vrai qu’on arrête de grandir. Ça serait bien triste de finir ça à 14-15 ans, tu trouves pas?

Moi, j’ai décidé de grandir encore. Toujours. Je parle à la petite fille de 12 ans. À la jeune femme de 20 aussi et à la personne que je suis devenue: femme, épouse, maman. Les trois grands rôles de ma vie! J’essaie de me brasser un peu des fois, de me dépoussiérer surtout! C’est pas toujours facile. Je suis une personne de routine. J’aime me sentir confortable. Peut-être parce que y’a souvent eu des montagnes russes dans ma vie. Je préfère naviguer plus lentement maintenant. N’empêche qu’il faut parfois changer de souliers pour continuer notre chemin. J’avais oublié comme c’était bon, se remettre l’âme en shape!

Maman Instagram

Petite maman Instagram, belle bédaine de Pinterest, t’es magnifique! T’as une belle peau, des cheveux parfaits, tes photos sont toujours pures, remplies de bonheur. Et que dire de la chambre de ce petit ange que tu attends! Les plus grands magazines ne sauraient accoter ce décor plus blanc que blanc, invitant, doux et lumineux que tu as créé! Il est évident que tu te dévoues déjà pour ce petit enfant qui grandit dans ton merveilleux ventre tout rond qui n’a pas dépassé la largeur de tes hanches.

Je regarde tes couches et tes lingettes lavables stylées, tes produits écolos soigneusement choisis sans phtalates, sans parabènes, non testés sur les animaux, végétaliens, et je me dis que t’es vachement plus renseignée que je ne l’étais à mon premier!

T’es prête pour l’allaitement aussi. Tu t’es même pas posé la question après avoir lu dans quatre études différentes que c’était le meilleur moyen de nourrir ton bébé sainement. Et tu affronteras les jugements de la génération d’avant qui te dira que tu devrais lui donner un biberon pour qu’il fasse ses nuits – ou une cuillerée de céréales – ou une mini gorgée de gin. Tu expliqueras ce que tu as lu et ils comprendront bien sûr! Le seul biberon que t’as acheté, avec une tétine sans BPA, sera exclusivement utilisé pour l’eau que tu auras soigneusement bouillie et refroidie si jamais ton bébé fait de la fièvre. Parce que, non, il n’aura pas besoin d’eau sinon, il sera allaité. J’admire ta détermination.

T’as fini ta valise d’hôpital la semaine dernière. Celle du bébé était prête quelques jours avant. T’as mis ton plan de naissance dans la petite poche en avant. Tu te sens prête pour ton accouchement naturel dans le bain de la maison de naissance. T’as aussi lu sur l’accouchement à la maison, au cas où. Tu m’impressionnes! J’étais loin d’être aussi confiante il y a 7 ans!

En plus, t’es super bien équipée! Hier, t’as lavé tous tes petits pots à congélation et t’as fini de lire ton 2e livre sur l’alimentation bio et végé pour bébés. Tu as même commencé à faire des provisions dans le congélateur et à préparer des collations pour le retour à la maison avec ton petit chérubin. Tu as pratiqué tous les noeuds de portage de ton écharpe en bambou. Tu as déposé ton long coussin d’allaitement flexible, en coton biologique et localement fait à la main sur ton côté de lit, à côté du moïse tout près. Tu te sens confortable avec l’idée du cododo et tu t’imagines allongée, avec ton bébé tout neuf, yeux dans les yeux. Vous plongez tranquillement dans le sommeil. Un moment de bonheur pur. C’est vrai que ces petits instants sont magiques.

Ta dernière photo m’a émue. Celle que tu as mise ce matin. Dans ta maison impeccable, lumineuse et sereine, tu as déposé tes mains sur ton ventre en baissant les yeux. On voit dans ton regard tout l’amour que tu portes à ce petit miracle qui vient. Je te l’ai dit, t’es magnifique.

Mais j’ai quand même un peu peur pour toi. J’imagine déjà tes photos après. Dans ton superbe décor Instagram. Avec ta petite merveille. Dans ton jeans d’avant 2-3 mois après l’accouchement. Dans ta photo, tu allaites en parfaite harmonie, avec le sourire. Et tu nous écris à quel point tu es heureuse et que c’est le plus beau cadeau que la vie t’ait fait. Je te crois. Je te comprends.

Sauf que, c’est beaucoup, tu trouves pas? Tu as de beaux principes. T’es 100 fois plus prête que je ne l’étais. Tu as pris ton rôle au sérieux et tu feras une bonne maman. Ne doute pas de ça. Mais c’est beaucoup de pression, tout ça.

Personne n’est parfait avant de devenir parent. On ne le devient pas plus quand nos petits minis arrivent. Même que, ils sont plutôt doués pour faire ressortir le meilleur ET le pire en nous.

Je trouverais dommage que tu te mettes à douter de tes capacités parce que ton beau piqué imperméable d’un designer québécois est taché des défécations de ton petit ange. Ou parce que, t’as beau essayé, l’allaitement va tellement mal que tu te caches dans la salle de bain pour pleurer aussitôt que t’as fini. Ou parce que les planchers de ta maison impeccable sont soudainement devenus quelque chose d’un peu collant pour tout déposer: sac à couches, vêtements sales, vêtements propres, parc, chaise, coussin d’allaitement, jouets, mouchoirs. Ou encore parce que ça fait deux jours que t’as pas pris une douche digne de ce nom et que tu sens le lait sûr. Ou bien parce que, finalement, t’as acheté une boîte de lingettes le temps que t’aies le temps de faire tout ton lavage…

Ne te sens pas merdique si t’as accepté la péridurale à l’hôpital, ou si tu donnes des fraises pas bio achetées chez Maxi. Ne doute pas de tes compétences si tu n’es pas exactement la mère que tu t’étais imaginée devenir.

T’as le droit de penser que ton petit ange n’en est pas un, finalement. C’est un enfant, à la fois unique et comme tous les autres. Ça ne t’empêchera pas de l’aimer de tout ton être. Et si cet amour n’était pas instantané, tu n’en deviendrais pas un monstre.

Ça se peut que tu vives mal avec ton nouveau corps. Que tu remettes tes jeans (ou pas), que ton ventre ait maintenant plein de petits chemins creusés par la vie (ou pas), que tes seins n’aient plus leur tonus ou qu’ils deviennent démesurés, des choses changeront. Je trouverais ça triste que tu te sentes moins femme. Ne laisse pas ces idées entrer dans ta tête.

Il y a 6 ans et demi, j’ai frappé mon propre mur de la maternité. Pourtant, je n’avais pas tant d’attentes! J’ai accouché en n’ayant pas de décision claire par rapport à l’allaitement. L’accouchement s’est bien passé, mais il ne s’est pas vraiment passé comme je l’avais imaginé… L’allaitement a jamais fonctionné au premier. Je me suis sentie tellement coupable et jugée. J’ai tiré mon lait pendant un mois et demi pour lui donner, en échange de mon équilibre mental. Ma maison était un bordel plus souvent qu’autrement. J’ai sous-estimé l’importance que j’accordais à l’opinion des autres. On me donnait des conseils que je n’avais pas souvent demandés et ils m’atteignaient comme une flèche en plein coeur. J’étais sans doute un peu trop susceptible et remplie d’hormones, mais c’est tellement difficile d’être objective face à ce que nous chérissons le plus!

J’ai dû réalisé et accepté que je n’étais pas une mère parfaite et que je le serais jamais. Ce qui est bizarre, c’est que je ne savais même pas que c’est ce que je tentais d’être! Encore aujourd’hui, après trois enfants, je ne sais pas toujours ce que je fais! J’apprends en même temps qu’ils grandissent. J’essaie d’accepter les leçons avec humilité.

Et c’est là où j’ai peur pour toi, Maman Instagram. Laisses-tu de la place à l’erreur? Aux remises en question? Aux imperfections? Aux attentes que tu n’atteindras jamais? Laisses-tu un espace pour le laid? Pour tes côtés sombres que tu découvriras? Pour ceux de ton partenaire? De ton enfant? Sauras-tu accepté les jours gris? Les pleurs? Les déceptions? Le découragement? L’impuissance?

 

Ce n’est pas en regardant la lumière qu’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité.

– Carl Gustav Jung

 

Le plus grand miracle de la vie n’a pas lieu dans un univers d’arc-en-ciel et de licornes ou dans un décor pur et blanc d’Instagram. Le plus grand miracle de la vie, c’est d’atteindre à la fois le plus beau et le plus laid de l’humanité et d’en ressortir grandit, un peu, chaque fois. C’est de réaliser que le beau n’existerait pas sans le laid. C’est d’explorer toutes les nuances qui se trouvent entre les deux et tenter de comprendre pourquoi il nous faut les traverser. C’est simplement d’aimer assez pour voir que, dans le fond, c’est eux qui nous apprennent tout.

 

Alors que nous essayons d’enseigner la vie à nos enfants, nos enfants nous montrent ce qu’est la vie.

– Angela Schwindt

 

Source de l’image